CHARLES ET L ANGLETERRE
s'était rapproché de l'Angleterre. La neutralité que cette puissance avait observée à l'égard de la Bourgogne sous le règne de son père, après la brouille passagère qui suivit le traité d'Arras, fait place^ avec lui, à une alliance déclarée. Malgré les liens de parenté qui l'unissaient à la maison de Lancastre, il n'hésita point à s'unir étroitement à celle d'York. Dès le 28 mars 1465, il négocie un traité d'amitié avec Edouard IV, et, l'année suivante, il s'engage à épouser la sœur de ce monarque. De même que son mariage avec Catherine de Valois, en 1439, avait été le résultat de la réconciliation éphémère de la dynastie bourguignonne avec la France, de même ses fiançailles avec Marguerite d'York marquèrent sa rupture irrévocable avec elle. Le mariage s'accomplit au milieu d'une pompe fantastique, à Bruges, le 3 juillet 1468. La même année, un traité d'entrecours valable pour trente ans était conclu entre l'Angleterre et les Pays-Bas (i), et Charles conférait à son beau-frère, malgré les scrupules du chapitre, le collier de la Toison d'Or (2). Quelque temps après, en acceptant lui-même l'ordre de la Jarretière, que son père avait toujours refusé de recevoir (3), il affirmait avec éclat son entrée dans le camp anglais.
Les traités de Conflans et de Péronne, aussi bien que l'alliance intime de Charles avec Edouard IV, avaient mis momentanément Louis XI hors de combat. Les villes de la Somme, cette « clef de la France (4) », avaient fait retour aux Pays-Bas, dont elles couvraient la frontière méridionale tout en menaçant Paris. La victoire de Montlhéry et l'éclatante humiliation imposée au roi au sac de Liège avaient relevé subitement le prestige bourguignon, compromis pendant les dernières années de Philippe le Bon. Le nouvel Etat qui venait de prendre place parmi les grandes puissances continentales avait prouvé sa force, et son avenir semblait désormais
(1) Rymer, Foedera, t. V, 2* partie, p. 14g.
(2) Reiflenberg, op. aY., p. 55.
(3) Commines, éd. Godefroy- Lenglet, t. III, p. 99.
(4) Vaesen et Charavay, Lettres de Louis XI, t. II, p. 262.
garanti. Vainqueur de la France, Charles pouvait maintenant agir librement en Europe. L'Empire, dont la faiblesse s'était révélée si souvent pendant le règne de son père, promettait une brillante carrière- à son ambition. Il avait pu d'ailleurs se convaincre déjà qu'il ne trouverait pas dans l'empereur Frédéric III un adversaire redoutable. Non seulement ce prince n'avait pas protesté contre l'annexion du Pays de Liège, mais il s'était même gardé d'exiger du nouveau duc l'hommage féodal. La situation des États bourguignons, dont la majeure partie se trouvait située dans l'Empire, restait donc aussi ambiguë qu'elle l'avait été sous Philippe le Bon, et cette ambiguïté même était singulièrement favorable à une politique d'extension. Maître de la Meuse, Charles allait nécessairement tourner ses regards vers le Rhin. Et l'attitude des princes allemands ne manqua pas d'encourager de bonne heure ses rêves de conquêtes. Dès 1465, le duc de Bavière, l'électeur palatin, l'archevêque de Cologne se lient à lui par des traités d'alliance. Bien plus ! l'empereur lui-même cherche à le gagner en lui faisant offrir le titre royal. Si Charles, alors absorbé par d'autres soucis, ne donna pas suite à ces ouvertures, il ne devait pas les oublier. Les circonstances conspirèrent donc pour exaspérer son ambition, et pour l'orienter, dès le début de son règne, vers « ces Allemagnes qui est chose si grande et si puissante qu'il est presque incréable (i) ».
C'est à l'initiative de la maison de Habsbourg qu'est due la première immixtion du duc dans les affaires allemandes. En lutte avec les Suisses et incapable d'en triompher, le duc d'Autriche-Tyrol, Sigismond, avait songé tout d'abord à se procurer contre eux le secours de Louis XI. Mais les succès de Charles sur le roi le firent réfléchir. Il abandonna le vaincu pour le vainqueur. Au mois de mai 1469, il se déclarait le vassal et presque le client du duc, et lui donnait en engagère (traité de Saint-Omer), l'Alsace, le Sundgau et le comté de Ferrette (Pfirt). Les conditions mises au désengagement de ces
(1) Commines, éd. Dupont, t. I, p. 3i 1.