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CHARLES ET LES HABSBOURG

terres le rendant à peu près irréalisable, leur cession apparaissait, en fait, comme définitive (i).

Cette cession faisait aboutir un projet déjà fort ancien de la politique bourguignonne. Depuis Philippe le Hardi, les ducs avaient visé constamment à soumettre à leur influence la région alsacienne qui séparait leurs domaines de Belgique de leurs domaines de Bourgogne, et l'on ne peut s'étonner que Charles, fidèle en cela à la tradition de sa dynastie, ait accepté avec empressement les offres de Sigismond. Sans doute, il savait que les Suisses, avec lesquels son père avait conclu jadis un traité de neutralité, le voyaient avec défiance devenir leur voisin, et il n'ignorait pas non plus que les villes d'Alsace, craignant pour leur autonomie, manifestaient hautement leur répugnance à passer sous son pouvoir. Mais il était bien décidé à éviter toute cause de conflit avec les uns, et, quant aux autres, lui qui avait châtié si cruellement les Liégeois et imposé aux Gantois une si dure humiliation, ne devait guère se préoccuper de leurs plaintes. Il leur envoya comme gouverneur le plus fidèle et le plus brutal de ses lieutenants, Pierre de Hagenbach...

Le traité de Saint-Omer ne forme d'ailleurs que le préambule des rapports de Charles avec la maison de Habsbourg. Il inspira également aux deux contractants de plus vastes desseins. Charles n'a3'ant pas de fils, le mariage de Marie, sa fille unique, devait avoir l'importance d'un événement européen, car il permettrait au duc de décider de la suprématie entre les maisons régnantes de l'Occident. Il ne manqua pas de tirer parti des convoitises allumées autour de lui, et les négociations matrimoniales constituèrent toujours un des procédés favoris de sa politique. L'histoire des sept fiançailles de Marie de Bourgogne constituerait un des chapitres les plus curieux de la diplomatie du xv^ siècle. Au long défilé de ses prétendants tantôt anglais, tantôt français, tantôt autrichiens,

(1) Commines, éd. Godefroy-Lenglet, t. IIl, p. 239. — Déjà auparavant, la maison d'Autriche avait plus d'une fois engagé ces terres pour avoir de l'argent. Voy. L. Stouff, Les origines de V annexion de la Haute- Alsace en 146g. Revue bourguignonne de l'enseignement supérieur (l}i}on, igoo).

on peut reconnaître la variété des entreprises et des alliances de son père.

La maison de Habsbourg qui, après bien des retours et des ruptures, devait enfin l'emporter sur ses compétiteurs à la « succession de Bourgogne », posa de bonne heure sa candidature. Immédiatement après le traité de Saint-Omer, Sigismond, reprenant un projet dont il avait déjà été question quelques années auparavant, négocia le mariage de Maximilien d'Autriche, le fils de l'empereur, avec Marie de Bourgogne (i). Charles connaissait trop bien le prix de ce qu'on lui demandait pour céder facilement. Pénétré du sentiment de sa puissance, il commence dès lors à concevoir des ambitions immodérées. Abandonnant la politique de son père, il ne se contente plus de l'offre qui lui est faite d'ériger un de ses pays en royaume. Il lui importe peu d'être roi de nom dans les Pays-Bas, puisqu'il l'est en réalité. Enhardi par les avances de Georges Podiébrad qui, pour se procurer son appui contre l'empereur, s'engage à lui faire obtenir la couronne de roi des Romains (2), il aspire désormais à cette dignité, et juge que les Habsbourg, en lui préparant les voies à l'empire, ne payeront pas trop cher la main de sa fille. Ainsi conduites, les négociations ne pouvaient aboutir qu'à un échec. Charles, en attendant une autre occasion de les reprendre, ne fut d'ailleurs pas fâché de recouvrer la liberté de disposer de son héritière, qu'il fiança, en janvier 1470, au duc de Guyenne.

Ces nouvelles fiançailles, qui faisaient entrer dans le camp bourguignon le propre frère du roi de France, s'expliquent par la reprise de la guerre avec Louis XI. Depuis le traité de Péronne, Louis avait habilement préparé sa revanche. Il s'était empressé d'accueillir dans le royaume le comte de Warwick mortellement brouillé avec le roi d'Angleterre et dès lors ennemi déclaré du duc de Bourgogne. Il l'avait laissé, en dépit dea protestations de Charles, capturer des vaisseaux bourguignons, et il l'avait aidé dans l'expédition qui détrôna Edouard et l'obligea, en octobre 1470, à chercher un refuge

(1) Rausch, Die Burgundische Heirat Maximilians I, p. Sy (Vienne, 1880).

(2) Ibid., p. 3i et suiv. Toutey, op. cit., p. 7.

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