NANCY
des ventouses (i). Dans son cerveau malade ne surnage qu'une seule idée : celle de la revanche à tout prix. Il n'est plus ni un chef d'État, ni un chef d'armée, mais un impulsif dangereux, affolé par la passion, aveuglé de rage. Dès le 27 juin, il fait brutalement enlever la duchesse de Savoie pour l'empêcher de se rendre à Louis XI, puis, retiré à Salins, sourd à tous les conseils, ne voyant pas la trahison s'enhardir autour de lui, il réunit à la hâte de nouvelles troupes. Il fait fondre des pièces d'artillerie et fabriquer des armes à feu dans tous les ateliers de Bourgogne; il demande 10,000 archers à la Picardie, 6000 « picquenaires » aux Pays-Bas, ordonne l'enrôlement de tous ses vassaux, et se flatte de mettre sur pied 30,000 combattants avant le mois d'août (2). Absorbé par son idée fixe, il se déclare heureux de n'avoir plus qu'à songer aux moyens de rentrer en campagne, comme si ses ennemis, profitant de son aveuglement, ne combinaient pas contre lui leurs efforts et ne complotaient pas sa perte.
Pourtant il a beau multiplier les menaces, imposer à ses meilleurs serviteurs de dégarnir ses frontières et de se rendre complices de sa folie (3), il ne parvient à rassembler autour de lui que des troupes découragées et décidées d'avance à lâcher pied. L'automne approche sans qu'il ait fait autre chose que perdre un temps précieux. Le 6 octobre, le duc René, libre de ses mouvements dans la Lorraine évacuée par les Bourguignons, se fait ouvrir les portes de Nancy. Ce nouveau désastre arrache Charles à son inaction. Ses forces militaires suffisent amplement à balayer la petite armée de René . Nancy toutefois tient bon devant son attaque et il se butte à l'idée de l'emporter. Plus malade que jamais de corps et d'esprit, il épouvante son entourage par la frénésie de sa colère et de son désespoir (4). Il ne veut pas savoir que Campo-Basso le trahit, que ses forces sont réduites à 5000 hommes, qu'une armée suisse marche contre
(i) Commines, éd. Dupont, t. II, p. 40. (a) Gingins La Sarra, op. cit., t. II, p. 356.
(3) Gachard, Bulletin de la Commission royale d'Histoire, 2* série, t. VII [i855], p. 59.
(4) Molinet, op. cit., t. I, p. 229, 23o.
lui. A quelques étapes de Luxembourg où se trouve le salut, il s'obstine à attendre le choc avec une résolution si folle que l'on ne peut s'empêcher de croire qu'il cherche volontairement la mort. La défection de Campo-Basso, la désertion de la plupart de ses mercenaires, ne lui laissaient plus le jour de la bataille (5 janvier 1477) que quelques centaines d'hommes. Lui-même, à la tête de quelques fidèles, se jeta désespérément sur l'ennemi. Deux jours plus tard, on retrouva sur la glace d'un étang son cadavre à demi dévoré par les loups et percé de trois blessures mortelles.