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L'ETAT BOURGUIGNON

L'unification territoriale accomplie par les ducs de Bourgogne dans les Pays-Bas, appelait nécessairement, comme conséquence, l'unification politique. La communauté de gouvernement devait découler de la communauté du prince. Réunies les unes aux autres sous le même souverain, les diverses principautés ne pouvaient continuer plus longtemps à former autant d'États séparés : elles allaient devenir les provinces du vaste ensemble dont elles constituaient les parties, lui sacrifier chacune, de gré ou de force, une portion de leur autonomie, se subordonner toutes au pouvoir central qui avait été l'instrument et qui continuait de former la garantie de leur fédération.

Mais, conjointement avec cette première transformation, s'en accomplit une autre, bien plus rapide et plus énergique. Les institutions centrales qui s'établirent par dessus les gouvernements locaux comme une armature commune, ne furent créées que très lentement, et, tout au moins avant le règne de Charles le Téméraire, se réduisirent au minimum strictement indispensable. Au contraire, à l'intérieur de chaque principauté, on surprend, dès le début de l'époque bourguignonne, des changements très profonds et une orientation politique toute nouvelle. Depuis l'avènement de Philippe le Hardi, on voit, en effet, se réaliser en Flandre des réformes qui, se généralisant à mesure que les territoires de la rive droite de l'Escaut

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viennent se ranger à leur tour sous le sceptre des ducs, modifient successivement dans chacun d'eux la physionomie du régime constitutionnel.

On peut caractériser d'un mot ces réformes : elles s'inspirent toutes d'un esprit nettement monarchique. C'est au nom des droits supérieurs du prince, c'est en vertu de la souveraineté, qu'elles sont entreprises. La grande lutte que les défenseurs des franchises et des privilèges ont soutenue pendant tout le siècle précédent, s'achève décidément contre eux. La politique de Louis de Maie triomphe avec Philippe le Hardi, et ce triomphe ne s'explique pas seulement par la puissance du duc : il est facile de se convaincre qu'il répond aux besoins du temps et aux aspirations de la majeure partie de la population.

A mesure, en effet, que la vie sociale se complique, que le grand commerce se développe, que la politique nécessite une diplomatie plus perfectionnée et des forces militaires plus nombreuses et plus coûteuses, que la culture intellectuelle se répand et que l'individualisme se manifeste dans tous les domaines de l'activité humaine avec une vigueur croissante, les groupements rigides dans lesquels s'est répartie la société médiévale se désagrègent fatalement. Les trois classes, les trois ordres, qui les constituent ne peuvent maintenir intacte leur situation, parce qu'ils sont devenus incapables de s'acquitter désormais de l'ofïîce qui leur incombe. Le clergé ne possède plus le monopole de la science; la noblesse voit son rôle militaire passer à des armées de mercenaires; la bourgeoisie ne parvient plus à dominer un mouvement économique dont la complexité ne cesse d'augmenter et où le capital prend une importance croissante. Dès lors, les démârcations très nettes qui, pendant tant de siècles, les ont séparés les uns des autres, deviennent moins sensibles. L'esprit de classe et l'esprit de corps s'atténuent ; c'est beaucoup moins la naissance que la \ condition sociale qui assigne maintenant sa place à l'individu.

Mais dès lors aussi, les privilèges qui assuraient jadis les fonctions de chaque classe, ne correspondant plus aux services qu'elles rendent, perdent leur raison d'être en même temps

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