‹ Histoire de BelgiqueChapitre 138 sur 203 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

que leur utilité. En dehors de ceux qui en bénéficient, ils commencent à apparaître comme des entraves dont rien ne justifie plus le maintien. On sort de l'époque des monopoles, du protectionnisme local, des exemptions d'impôts, on se déshabitue de concevoir la liberté comme un avantage spécial fait à un groupe à l'exclusion de tous les autres. Le « bien commun », le « droit commun » s'opposent désormais au « bien particulier » et aux « franchises » des privilégiés. L'égalitarisme moderne manifeste ses premiers symptômes, et, par une conséquence inévitable, cette orientation nouvelle des esprits agit en faveur du prince. Non seulement c'est le prince qui devient le recours de tous ceux qui ne participent point aux privilèges, mais c'est à lui encore que s'adressent les uns contre les autres ceux que leurs privilèges mêmes mettent perpétuellement en conflit. Le souverain apparaît à la fois comme la suprême garantie des faibles contre l'exploitation et comme la condition indispensable du développement des forces sociales nouvelles en lutte avec la tradition médiévale. Il a pour lui les paysans et les petites villes en même temps que les juristes, les savants, les capitalistes et les artistes. Son intérêt politique coïncide de plus en plus avec l'intérêt public. Les transformations qui, dans le domaine économique comme dans le domaine moral, s'accomplissent au sein de la société du xv^ siècle, tournent nécessairement à son avantage. Et l'on sait de reste que les progrès du pouvoir monarchique forment un des phénomènes les plus caractéristiques et les plus généraux de cette époque.

La réforme constitutionnelle accomplie par les ducs de Bourgogne dans les Pays-Bas, se rattache donc à une évolu- , tion politique profonde et universelle. Elle n'est due ni au/ hasard, ni à l'arbitraire, et il faut cesser de la considérer, ainsi qu'on le fait habituellement, comme le triomphe brutal de la force sur le droit. Il en a été d'elle comme il en avait été, plusieurs siècles auparavant, de la féodalité et des communes. Comme celles-ci, elle est venue à son heure, et elle a répondu comme elles à un moment du progrès. Les provinces belges étaient depuis longtemps trop ouvertes et trop sensibles à

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l'influence de la civilisation européenne pour pouvoir échapper à l'action des causes qui militaient au xv^ siècle en faveur du système monarchique. Chez elles d'ailleurs, comme partout, ce système s'est trouvé aux prises avec les difficultés et les résistances que provoque toute grande transformation politique. Ce sont ces résistances qui expliquent les formes particulières qu'il a revêtues, et il convient de les étudier tout d'abord.

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