CHAPITRE II
Le xiv" siècle, qui s'ouvre par le triomphe des métiers flamands à Courtrai, se ferme par leur écrasement à West- Roosebeke {z'j nov. 1382). Entre ces deux dates, les villes occupent continuellement la scène dans les Pays-Bas méridionaux. A côté des noms des princes, l'histoire de ces contrées a conservé les noms d'une foule de capitaines ou de tribuns bourgeois : Nicolas Zannekin, Guillaume De Deken, les deux Artevelde, Jean Hyoens, François Ackerman, Pierre Coutereel, Pierre Andricas et bien d'autres. Les directeurs de la politique urbaine apparaissent désormais en pleine lumière ; ils sortent de l'anonymat qui nous les dérobe presque toujours pendant le xiii'' siècle, preuve évidente de l'importance croissante de cette politique et du caractère d'individualisme de plus en plus marqué qu'elle présente.
Mais les villes du xiv^ siècle diffèrent profondément de ce qu'elles ont été pendant la période précédente. Dans chacune d'elles se substitue maintenant au pouvoir du patriciat, celui des métiers, à l'influence exclusive des grands marchands et des rentiers {otiosi), celle des artisans. De même que nulle part en Europe, si ce n'est dans le nord de l'Italie, la formation et la croissance des villes n'ont été plus hâtives qu'en Belgique, de même aussi, ce n'est qu'à Florence que l'on peut
trouver un spectacle analogue à celui qu'elles offrent désormais. Comme dans la puissante république toscane, ce n'est pas seulement une question politique qui y divise les partis : la révolution démocratique qui y déroule ses phases sanglantes se complique d'une question sociale. Dans ces cités travailleuses l'éternel problème qui tourmente les sociétés industrielles s'est posé de bonne heure et elles ont tenté, à leur manière, de le résoudre. Plus que jamais auparavant, la Belgique fut pour l'Europe, au xiv^ siècle, un champ d'expérience. Paris et Rouen suivent avec angoisse les péripéties de la révolte des Gantois contre Louis de Maie. Etienne Marcel se solidarise avec ces protagonistes du mouvement populaire, tandis que les tisserands de Cologne s'inspirent de l'exemple de Liège, et, après leur victoire en 1396, adoptent comme modèle les institutions qu'elle s'est données (i). Telle est la puissance du mouvement qui agite les villes, si grande est l'attraction qu'il exerce, qu'il lui arrive même de se communiquer aux campagnes et de faire éclater en Flandre, bien avant la Jacquerie de France et le soulèvement de Wat Tyler en Angleterre, une formidable révolte agraire.
L'intérêt que présentent les villes belges au xiv^ siècle ne réside pas seulement dans leur histoire interne. Si elles ont sans compter dépensé leurs forces dans de féroces luttes de partis, elles ont eu encore assez de vigueur pour combattre leurs suzerains ou leurs voisines, pour se soumettre le platpays, pour arracher à leurs princes des privilèges exorbitants, pour établir enfin, dans les divers territoires, une organisation constitutionnelle où leur influence domine sans conteste. Il n'est point jusqu'à l'histoire générale de l'Europe où elles ne soient intervenues, et rien n'atteste plus hautement leur puissance que les efforts constants des rois d'Angleterre pour s'assurer leur coopération contre la France.
S'il se ramène partout aux mêmes causes essentielles, le mouvement urbain au xiv^ siècle présente cependant, suivant
(1) K. Bader, Beitrdge ^iir Geschichte des Kolner Verbundbriefes, p. 27 et suiv. (Darmstadt, 1896). Cf. F. Lau, Entwickelwig der kommiinalen Verfassung und Verwaltung der Stadt Kohi bis :{um Jahre i3g6, p. 160, n. (Bonn, 1898).