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LA POLITIQUE DE PHILIPPE LE BON

chartes n'ont point été abolies^ et elles ont gardé chacune leur constitution traditionnelle.

Le seul but que Philippe s'est proposé, a été de les soumettre à son contrôle^ de les empêcher de former à l'avenir des Etats dans l'État. Il leur rappelle que leurs franchises et leurs privilèges ne sont pas seuls respectables, et il ne tolère plus qu'ils s'exercent au détriment du reste de ses sujets. Il considère sa hauteur et sa seigneurie comme la garantie du « bien public » et il justifie par là l'obéissance qu'il exige. Il affirme enfin que « l'autorité de justice » dont usent les échevins, vient de lui seul (i). Il ne laisse plus les bourgeois s'improviser juges et parties dans l'interprétation des franchises. Désormais les communes cessent de former autant d'immunités inaccessibles au pouvoir central . Le prince collabore à la nomination de leurs magistrats, fait vérifier leurs comptes par ses fonctionnaires, les empêche d'exploiter les petites villes et les paysans, de remplir le pays de leurs bourgeois forains, et, bon gré mal gré, soumet les jugements de leurs tribunaux à l'appel de ses conseils de justice. L'opinion se prononce énergiquement en faveur de cette politique monarchique. Dans chaque territoire, le duc se sent appuyé par les Etats et combine ses efforts avec les leurs contre les résistances municipales. Sous son règne, les Etats reprennent l'influence dont les a frustrés la prépondérance écrasante des grandes villes et apportent au prince un précieux concours dans sa lutte contre 1' « intérêt particulier » et l'exclusivisme urbain.

Il importe de remarquer que, dans la majeure partie des Pays-Bas, cette lutte s'est dénouée pacifiquement. Impuissantes à défendre des privilèges qui n'intéressaient plus qu'elles-

(i) Voir à cet égard, et pour caractériser la politique du prince vis-à-vis des villes, les plaintes formulées par le duc en 1445 contre la ville de Bruxelles. Luyster van Brabant, II, pp. j 14 et suiv. — Dans ce texte, comme dans plusieurs autres documents analogues, le duc oppose aux prétentions de la ville le « bien public » du pays. Ailleurs, il invoque le « droit commun » auquel ont également recours les petites villes pour échapper à la tyrannie de leurs puissantes voisines. Voir un exemple intéressant, en 1439, dans un conflit entre Bruges et Furnes, de cette lutte du droit commun et du privilège. Gilliodts Van Severen, Coutumes de Furnes, t. III, pp. 227 et suiv. (Bruxelles, 1897).

mêmes, les grandes villes acceptèrent sans trop de peine la situation nouvelle qui leur était faite. Dans chacune d'elles d'ailleurs, la haute bourgeoisie se détache toujours davantage du particularisme. Les formes nouvelles que prend le grand commerce la poussent, en effet, à secouer la tyrannie des règlements municipaux. La coutume qu'elle adopte de plus en plus de placer son argent en rentes achetées sur les villes voisines (i), en élargissant le champ de ses intérêts, atténue chez elle l'esprit de clocher; enfin la diffusion de l'instruction permet à une foule de ses membres de chercher désormais une carrière dans le fonctionnarisme. C'est seulement en Flandre, où les villes avaient le plus largement usurpé sur les droits de l'État, que la politique bourguignonne a rencontré de leur part une résistance énergique (2). Mais les deux épisodes en quoi se résume cette résistance, le soulèvement de Bruges en 1436-1437, puis celui de Gand de 1450 à 1453, montrent, tant par leurs causes que par les péripéties à travers lesquelles ils ont passé, combien étaient devenues réactionnaires les tendances de ces bourgeoisies qui avaient été pendant si longtemps les instruments les plus actifs du progrès social.

Une des premières mesures prises par Philippe le Bon après son avènement au comté de Flandre, avait été d'abolir

(i) Dès la fin du xiv^ siècle, les villes renoncent en général à emprunter aux Lombards, dans leurs besoins d'argent, et recourent à la constitution de rentes à vie, moyen qui était connu d'ailleurs depuis le xiii® siècle, mais qui prend désormais une importance extraordinaire; Il suffit, pour se faire une idée du rôle de ces emprunts, de parcourir un inventaire quelconque des archives d'une ville belge. Les rentes émises étaient vendues à tout bailleur d'argent, bourgeois ou non bourgeois. J'ai pu voir, dans les comptes d'une petite ville, Alost, qu'en 1443-44, la commune payait 5441 livres à 971 titulaires de rentes. Un bureau spécial avait été créé à cet effet. Des dons étaient faits à ceux qui venaient annoncer la mort d'un porteur de titres étranger. On comprend combien ces porteurs de titres, éparpillés dans tout le pays, avaient intérêt à la bonne administration des villes et au contrôle de celles-ci par le prince. Une émeute pouvait, en effet, faire disparaître leurs créances. A Dinant, par exemple, en 1422, le peuple brûla les titres des rentes constituées sur la ville (Jean de Stavelot, op. cit., p. igS). J'ajoute que les loteries, dont les billets étaient placés dans toutes les villes voisines et dont l'usage se généralisa au XV* siècle, tournèrent aussi au détriment de l'autonomie urbaine. La première de ces loteries est mentionnée à Bruges en 1489 (Gilliodts 'Van Severen, Inventaire, t. V, p. 21 3). En Allemagne, la première loterie urbaine ne daterait que de 1470 ( Westdeutsche Zeitschrift, t. XIX [1900], p. 75).

(2) Je ne considère pas comme une révolte les difficultés passagères qui eurent lieu à Anvers en 1434 à propos de la perception d'un tonlieu sur l'Escaut.

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