LA BATAILLE DE GAVERE
souveraineté du prince et la souveraineté de la commune ne pouvaient plus éviter le choc. Pendant les années I45ieti452, les mêmes causes produisant les mêmes effets, Gand vit se dérouler des événements identiques à ceux que nous avons constatés à Liège à l'époque de Louis de Bourbon. Comme à Liège, l'assemblée plénière des métiers, la collace, s'empara du pouvoir; comme à Liège, des chefs populaires furent investis du gouvernement; comme à Liège la foule se rassasia de supplices et se grisa d'illusions. Chaque jour de nouvelles victimes montaient sur l'échafaud; on promenait par les rues des chariots sur lesquels on représentait des pièces de circonstance destinées à surexciter les esprits ; les hooftmmiiien firent lire au peuple les chartes par lesquelles Philippe le Bel avait jadis promis à la ville son appui contre Gui de Dampierre. On exhortait les Liégeois à se soulever, et l'on suppliait Charles VII d'intervenir contre le duc (i). Mais, en revanche, la Flandre ne bougea pas. Le temps n'était plus où Gand l'entraînait derrière sa bannière. Ne combattant que pour ses privilèges particuliers, il devait seul porter maintenant le poids de la lutte. Sauf Ninove toutes les villes de sa châtellenie l'abandonnèrent, et les trois autres membres se bornèrent à lui offrir leurs bons offices pour le réconcilier avec Philippe (2). Grâce au nombre de ses haghepoorters, aux paysans qu'il enrôla de force, aux mercenaires anglais dont il loua les services, il put cependant tenir en échec pendant plus d'un an les garnisons chargées de le bloquer. Mais ses milices étaient incapables d'affronter une bataille rangée contre une armée régulière. La défaite sanglante que leur firent éprouver à Gavere, le 23 juillet 1453, les vieilles bandes picardes et bourguignonnes de Philippe, consacra d'une manière aussi éclatante que les journées d'Othée et de Brusthem, l'irrémédiable décadence du système militaire des communes. Gand n'essaya pas, comme après Roosebeke, de prolonger plus longtemps la résistance. Le 30 juillet, 2000 de ses bourgeois vinrent en chemise s'agenouiller devant le duc et lui demander grâce « en langage
(1) V. Fris, Dagboek, t. I, p. 196, 3o3, t. II, p. aS.
(2) lbid.,x. I,p. 3o8.
français (i) ». Us s'engagèrent à payer une amende de 350,000 ridders d'or, et, en signe de soumission, à murer une des portes de la ville et à en tenir une autre fermée tous les jeudis. Ces humiliantes satisfactions offertes à la majesté offensée du prince ne forment d'ailleurs que la moindre partie du châtiment de la grande commune. Comme Bruges en 1437, Gand dut renoncer en 1453 à l'indépendance quasi souveraine et au pouvoir territorial dont il avait joui jusqu'alors. Tous les usages contraires au texte de ses chartes furent abolis. Les doyens des métiers cessèrent de participer aux élections magistrales ; le bailli recouvra le contrôle sur l'administration urbaine ; les franchises des Haghepoorters furent amoindries ; les échevins perdirent le droit d'évoquer devant eux les procès où un bourgeois était en cause, si celui-ci consentait à ester en justice au lieu même du délit, enfin et surtout les ommesaten furent soustraits au pouvoir de la ville. Ainsi, Gand était à son tour ramené au droit commun. Dépouillé de sa seigneurie et des franchises qu'il avait si largement ajoutées à ses privilèges, il ne formait plus « qu'une ville comme uner autre » et se courbait à son tour au niveau de ses semblables. Du reste, le duc ne lui enleva que ses prérogatives politiques r il ne toucha ni à son droit d'étape, ni à son autonomie locale. Il l'aida même à réparer les désastres causés pendant la guerre en lui accordant, au mois d'octobre, l'établissement de deux foires (2). Quatre ans après la bataille de Gavere, le nouveau régime avait fait ses preuves et s'était concilié le sentiment public. Philippe put le constater lors de la visite qu'il fit à Gand en 1457. ^^ ^7 ^^^ 1® ^^"^^ si asseuré et si à sa paix d'estre là, dit Chastellain, que lui troisième ou quatrième alla voir et visiter les feux et les festes tout partout, dont le peuple se laissa cheoir en terre de joie et baisoit les marches de ses pies, lui souhaidant à haute voix toutes les joies et prospérités des cieux et toutes les félicités que Dieu donne aux hommes (3). » On a accordé trop d'importance à l'échauffourée qui, quel-
(i) Gachard, Documents inédits, K. II, p. i5i etsuiv.
(2) V. Fris, OorAroMiien, p. ii3.
(3) Chastellain, t. III, p. 416.