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LES CONSEILLERS DUCAUX

les Hagenbach, les Lannoy, les Lalaing et tant d'autres. Placés d'ailleurs sous la juridiction personnelle du duc, ils savent que leur vie est à sa merci. Plus d'un d'entre eux a péri sur l'échafaud. En revanche leur fidélité est richement récompensée. Philippe le Bon fait la fortune des Lalaing et des Croy, pousse successivement à l'évêché de Tournai les deux chefs de son conseil, Jean Chevrot et Guillaume Fillastre, procure le chapeau de cardinal à l'un des fils de Nicolas Rolin, son chancelier. Il n'est pas jusqu'aux plus humbles de ses conseillers qui a'éprouvent les marques de sa bienveillance . Il leur envoie des cadeaux au jour de l'an, et il intervient personnellement pour les marier, souvent malgré elles, à de riches bourgeoises (i). Ainsi le duc possède autour de sa personne une quantité d'auxiliaires excellents. Ne relevant que de lui parce qu'il les choisit, les paye, les nourrit à sa cour, où beaucoup d'entre eux exercent les fonctions de chambellans, de maîtres d'hôtel, d'écuyers, ils lui constituent une sorte de garde du corps politique. Comme une garde du corps, en effet, la plupart de ces conseillers se déplacent avec lui, le suivent dans ses voyages, l'accompagnent à la guerre. Il en a toujours quelques-uns à ses côtés pendant les audiences, lui chuchotant leur avis à l'oreille ou lui soufflant ses réponses (2). D'autres, envoyés en mission, sont ambassadeurs, gouverneurs de provinces, capitaines de troupes ou commandants de forteresse. C'est par eux qu'il exerce son pouvoir dans toutes les matières qui échappent à l'atteinte des privilèges constitutionnels qu'il a juré de respecter. Ce domaine, où il agit sans aucun contrôle, est encore très large, puisqu'il comprend toute la politique extérieure, l'administration supérieure déléguée aux fonctionnaires des provinces, les cas réservés à la juridiction du prince, les grâces, le maniement des finances, le soin du domaine, des armées et de la flotte. Dans la sphère de ces attributions l'absolutisme se donne libre carrière, les ordres du duc y sont

(i) Duclercq, t. III, p. 246. Chastellain, t. III, p. 82. Add. Van Doren et Hermans, Inventaire des archives de Malines, t. III, p. 174. — Il est certain que c'est en faveur de leurs conseillers et de leurs serviteurs que les ducs commirent le plus grand nombre d'actes d'arbitraire.

(2) Exemple intéressant dans La Marche, t. II, p. 24.

souverains, et les ordonnances qui s'y rapportent se terminent régulièrement par cette formule inspirée du « plaisir » des rois de France : « car ainsi nous plait-il et voulons estre fait » .

L'organisme du gouvernement central s'est précisé et perfectionné au fur et à mesure de l'augmentation de la puissance bourguignonne. Dès les débuts, le premier rang y appartient au chancelier de Bourgogne. C'est par ce fonctionnaire, que les théoriciens politiques de l'époque refusaient, en France, aux princes particuliers pour le réserver au roi seul (i), que le pouvoir ducal trahit clairement son caractère monarchique. Sous le règne de Philippe le Hardi, le chancelier est presque toujours, conformément aux usages du moyen âge, un ecclésiastique (2). Mais, à partir de Jean sans Peur, le duc le choisit régulièrement parmi ses conseillers laïques. Pendant la première période, les divers chanceliers ne restèrent en place qu'un petit nombre d'années ; ils furent au contraire institués à vie durant la seconde. Philippe le Bon n'eut que trois chanceliers pendant son règne : Jean de Thoisy (141 9-1434), Nicolas Rolin (1434 à 1462) et Pierre de Goux (1465-1471), qui conserva ses fonctions jusqu'à sa mort, sous Charles le Téméraire, et fut remplacé par Guillaume Hugonet, que les Gantois firent monter sur l'échafaud après la catastrophe de Nancy. Pour s'assurer le dévouement de leurs chanceliers, les ducs les recrutèrent constamment parmi leurs sujets bourguignons/A mesure que grandit l'importance de leur charge, leur traitement s'accrut en proportion. De 400 francs d'or sous Jean sans Peur, il monta à 2,000 sous Philippe le Bon. Mais ce traitement ne représente que la moindre partie des émoluments du chancelier. Outre les huit francs par jour auxquels il avait droit quand il travaillait hors de l'hôtel, les multiples affaires dont il était chargé lui valaient une foule de dons et de profits plus ou moins légitimes. On sait que Nicolas Rolin fit une fortune colossale au service de son maître. I^'un des chefs-

Ci) P. Viollet, Histoire des institutions politiques et administratives de la France, t. II, p. 1 34 n. 5 (Paris, 1898).

(2) Voy. pour les chanceliers ducaux les Mémoires pour servir à l'histoire de France et de Bourgogne, 2" partie, p. 4 et suiv. (Paris, 1729).

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