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LES FINANCES

était encore dans l'enfance, le procédé le plus sûr pour conserver son superflu était de l'entasser dans le trésor sous forme d'objets précieux. Tous les princes du xv^ siècle eurent recours à ce genre de placement, et si la maison de Bourgogne les dépassa tous et de fort loin à cet égard, c'est que, beaucoup plus riche et meilleure financière, elle disposa d'un excédent de recettes plus considérable (i). Il reste vrai cependantqu'elle ne manqua aucune occasion d'afficher bruyamment son luxe. Les fêtes du vœu du faisan, oij Philippe le Bon prit la croix au milieu d'une pompe étourdissante, les solennités du mariage de Charles le Téméraire et celles de l'entrevue de Trêves ont ébloui toute l'Europe et propagé au loin le renom de la puissance de la dynastie. Elles ont été à leur manière des manifestations politiques, et sans doute les ducs n'ont point cru dépenser en pure perte les sommes qu'elles ont coûtées.

C'est seulement sous le règne de Philippe le Bon que la puissance financière de la maison de Bourgogne s'est pleinement affirmée. Entraînés dans des entreprises disproportionnées à leurs ressources, Philippe le Hardi et Jean sans Peur se sont constamment débattus contre le déficit. Au contraire, leur successeur a laissé en mourant une fortune évaluée à deux millions d'or « en meubles seullement (2) ». Il avait accumulé au château de Lille un trésor auquel il s'abstint scrupuleusement de toucher (3). Les contemporains estimaient, vers 1455, ses revenus annuels à 900,000 ducats, c'est-à-dire à une somme presque égale à ceux de la république de Venise, au quadruple de ceux de la république de Florence, au triple de ceux du roi de Naples (4), au double de ceux du pape et du duc de Milan. Il ne faudrait pas croire que cette puissance financière ait épuisé les ressources du pays. S'il est vrai que

(1) A. Coville, Les finances des ducs de Bourgogne au commencement du XVe siècle, dans Mélanges d'histoire du moyen âge dédiés à Gabriel Monod, p. 405 etsuiv. (Paris, 1896).

(2) La Marche, t. III, p. 56.

(3) Chastellain, t. IV, p. 23.

(4) Eug. Mûntz, La Renaissance en France et en Italie à la mort de Charles VIII, p. 5o (Paris, i885).

la substitution du régime monarchique au particularisme territorial coïncida dans les Pays-Bas avec une large augmentation de l'impôt, celle-ci se trouva compensée par une répartition plus équitable. L'administration, devenue plus compliquée, fut aussi plus coûteuse, mais les services qu'elle rendit contrebalancèrent largement les dépenses qu'elle entraînait. La prospérité étonnante des provinces sous Philippe le Bon atteste qu'elles n'eurent point à supporter des charges écrasantes. En dépit des plaintes qu'elles arrachent à quelques chroniqueurs bourgeois, les aides demandées par le duc furent à tout prendre des plus modérées. Philippe de Commines affirme qu'il « tailloit peu ses sujets (i) », et, au commencement du règne de Charles le Téméraire, qui pourtant exigea de ses pays des subsides bien plus considérables, la Flandre payait proportionnellement moins que la Savoie ou même que la Bretagne (2).

Une des premières mesures prises par Philippe le Hardi après son avènement au comté de Flandre fut, nous l'avons vu, l'établissement de la Chambre des comptes de Lille. La création des Chambres de Bruxelles et de La Haye compléta, sous Philippe le Bon, l'organisme de la juridiction et du contrôle des finances. Mais, en même temps, des institutions centrales furent établies. A partir de 1447, une section particulière du Grand Conseil eut pour mission la surveillance générale des finances (3). Un maître de la Chambre aux deniers, un gouverneur général et un receveur général, superposés aux receveurs particuliers des provinces, formèrent autour du prince le personnel suprême du trésor. Il nous est impossible d'entrer ici dans le détail très compliqué de cette administration, et de signaler les changements assez nombreux qu'elle subit à diverses époques. Il suffit de constater qu'elle eut en vue, en spécialisant les fonctions des officiers de finances, de les rendre tout à la fois plus utiles et plus aisément contrôlables. Le gouverneur général ou trésorier transmettait, sur l'ordre du

(1) Commines, éd. Dupont, t. I, p. 19.

(2) O. Delepierre, Précis des archives de la Flandre Occidentale, t. Il, p. 1 16.

(3) E. Lameere, Le Grand Conseil, p. 173.

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