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LES METIERS LIEGEOIS APRES

pays et amena finalement l'extermination presque complète de la chevalerie hesbignonne (i).

On en était là quand survint la nouvelle des événements de Flandre. Aussitôt, les métiers s'assemblent ; ils exigent qu'à l'avenir l'un des deux « maîtres à temps » de la cité soit choisi parmi eux. Pris à l 'improviste, les patriciens n'osèrent, par un refus, provoquer une révolte qu'ils sentaient menaçante. Mais ils cédèrent sans franchise, se promettant bien, dès que la surexcitation des esprits serait passée, de rétablir dans la ville leur domination exclusive. Ils le tentèrent après la mort de l'évêque Adolphe de Waldeck (déc. 1302) qui, à l'exemple de Gui de Dampierre, avait fait cause commune avec le peuple. Ils décrétèrent aussitôt la levée de la « fermeté », impôt communal également odieux au clergé et aux artisans, et, pour braver leurs adversaires et indiquer clairement leur hostilité irréductible à la démocratie que combattaient en Flandre le roi de France et les Leliaerts, ils donnèrent à leurs fils, chargés de la perception de l'assise, le nom significatif d' « enfants de France » (pueri de Francia) (2). Ces provocations n'aboutirent qu'à un échec lamentable. Le clergé et le « commun » s'unirent pour la résistance. Le premier jeta l'interdit sur la ville, le second, enhardi par l'attitude énergique des bouchers, prit les armes, et, devant l'anathème de l'un et les piques de l'autre, les « grands » capitulèrent de nouveau. Les métiers restèrent en possession des concessions qui leur avaient été faites. Dès l'année 1303, on voit pour la première fois figurer leurs noms dans les chartes émanées de la ville (3).

Les patriciens durent reconnaître qu'ils n'avaient pas justement apprécié la force de leurs adversaires. Pour

(i) Le récit de cette guerre par Jacques de Hemricourt est, à tous égards, une des sources les plus instructives pour la connaissance des mœurs de la noblesse au xiv« siècle. 11 est incroyable que l'on n'en possède point encore une édition critique.

(2) Hocsem, loc. cit., p. 337.

(3) St. Bormans et E. Schoolmeesters, Cartulaire de l'église Saint- Lambert de Liège, t. III, p. 35 (Bruxelles, 1898). Le 29 avril de la même année, le chapitre promet à « le communiteit et les mestirs » de Liège, comme « bons seigneurs et amis », de les protéger contre « li maistres, ly eskevins et li grans bourgois de la citeit de Liège et lour enfans ». Ibid., p. 33.

récupérer le terrain perdu et soutenir une lutte qui, à l'exemple de la capitale, avait éclaté dans tous les « bonnes villes » de la principauté, ils comprirent que d'énergiques efforts étaient indispensables. A Saint-Trond, une gilde d'arbalétriers destinée à maintenir le peuple dans l'obéissance, est organisée (i). En même temps, s'inspirant de l'alliance des Leliaerts flamands avec Philippe le Bel, le parti aristocratique cherche à s'assurer les secours du duc de Brabant, pour être « remis et restablis en teil estai ou en melhor ke nous astiens quant li communs ki orendroit governe, se révéla (2) ». Il se rapprocha également de l'évêque Thibaut de Bar qui, mécontent de l'influence croissante du chapitre dans le gouvernement, accepta avec empressement leur concours. Ainsi le sort de l'administration même du pays dépend maintenant des péripéties du conflit entre le patriciat et les métiers. Deux ligues hostiles se constituent : d'une part le chapitre et les « petits », de l'autre l'évêque et les « grands », et, entre elles, la guerre est à la veille d'éclater. Mais au moment d'engager la bataille que lui offraient les métiers, l'armée adverse hésita. On négocia au lieu de combattre et la paix conclue à Vottem confirma une fois de plus les conquêtes des artisans (131 1).

La mort de Thibaut de Bar (mai 131 2) fit surgir, quelques mois après, la lutte suprême si longtemps retardée. D'après la coutume, elle rendait nécessaire la nomination d'un « mambourg » chargé d'administrer le pays jusqu'à l'élection du nouvel évêque. Le chapitre de Saint-Lambert désigna pour ces fonctions son grand prévôt, Arnoul de Blankenheim ; les nobles se prononcèrent en faveur du comte Arnoul V de Looz. Ni la conduite du « commun » ni celle du patriciat dans ces conjonctures ne pouvaient être douteuses. Le premier se déclara avec d'autant plus d'énergie pour le prévôt qu'il voyait le second lier plus étroitement sa cause à celle d' Arnoul de Looz. Ce dernier n'eut pas de peine à faire décider de commun accord par la chevalerie hesbignonne, les « grands » de Liège et ceux de Huy, un coup de main sur la « cité ». Il eut lieu dans la nuit du

(i) Bormans et Schoolmeesters, loc. cit., p. 114, (2) Ibid., p. 73.

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