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LA SCULPTURE

force d'habileté et de fantaisie une réputation qui dépasse bientôt l'enceinte de leur ville. De bonne heure les princes s'adressent à ces maîtres et leur confient des travaux importants, où chacun d'eux peut donner libre essor à son génie naturel. Les comptes de l'hôtel d'Artois fournissent les noms d'une quantité prodigieuse d-'artistes flamands et wallons occupés par la comtesse Mahaut (i 302-1 32 9) (i), et permettent d'apprécier par comparaison l'activité du mouvement artistique qui dut régner à la même époque autour des comtes de Flandre et de Hainaut ou des ducs de Brabant, dont la richesse égalait, s'il ne la surpassait pas, celle de cette princesse.

Les œuvres les plus anciennes que l'on connaisse de cette première école artistique mi-flamande, mi-wallonne, sont des œuvres de sculpture. Plusieurs villes belges conservent en grand nombre des plaques tombales du xiv^ siècle, soit en pierre, soit en laiton, où se révèlent une habileté de technique et une vérité de dessin vraiment surprenantes. Mais les grands seigneurs exigèrent des sépultures plus luxueuses. On ne se borna pas à les représenter en haut relief, couchés sur leur dalle, on éleva encore celle-ci sur un soubassement décoré des quatre côtés de personnages symbolisant le cortège funèbre qui avait accompagné le mort à sa dernière demeure. Ainsi les tombiers se transformèrent en statuaires : leur nom traditionnel céda la place à celui d'« imaigiers ». L'un de ces imagiers, d'origine liégeoise. Pépin de Huy, est l'auteur du beau tombeau du jeune comte Robert d'Artois, qui orne encore aujourd'hui la basilique de Saint-Denis près de Paris (1320;. Comme Pépin, une foule d'autres artistes des Pays-Bas se fixèrent à Paris dès le commencement du xiv® siècle. Attirés vers la capitale de la France par le désir d'y trouver facilement d'abondantes commandes, grâce à la présence de la cour et de la brillante aristocratie qui l'entourait, ils s'y initièrent à cette grâce et à cette élégance qui caractérisent à un

(1) J, M. Richard, Mahaut. comtesse d'Artois et de Bourgogne. Etude sur la vie privée, les arts et l'industrie en Artois et à Paris au commencement du XI Ve siècle (Paris, 1887).

si haut point la sculpture française du xiii^ siècle. Mais s'ils subirent incontestablement l'influence de celle-ci, ils ne furent pas dominés par elle. Ils surent allier à un sentiment profond de la forme un réalisme très accentué et qui annonce déjà les tendances qui distingueront plus tard la peinture de leurs compatriotes. Formés dans un milieu exclusivement laïque, dans des corporations sorties du sein même de la bourgeoisie, ils s'attachèrent de bonne heure à copier exactement la vie qui se manifestait si intense et si variée autour d'eux. Les personnages épisodiques qu'ils sculptent sur les tombeaux leur donnent l'occasion de s'affranchir des types traditionnels et ouvrent un vaste champ à leur imagination. Sous leur ciseau, de plus en plus maître des ressources de l'art, la pierre, le marbre et l'albâtre servent à la reproduction des sujets les plus divers, tantôt sacrés, tantôt profanes, et où l'on voit se substituer à la maigreur raide du style gothique, des formes plus arrondies, plus pleines et d'un mouvement plus vrai. Déjà, dans la seconde moitié du xiv^ siècle, des artistes célèbres se détachent de la foule anonyme des imagiers. Hennequin de Liège a été l'un des sculpteurs ep titre du roi Charles V, et André Beauneveu, dont la belle Sainte-Catherine de l'église de Courtrai est peut-être l'œuvre, a rempli les mêmes fonctions à la cour de Louis de Maie. Quelques années plus tard, du sein de cette école déjà si remarquable, sort un homme de génie, le zélandais Claus Sluter, l'auteur des immortelles sculptures du portail des chartreux et du puits de Moïse à Dijon. Ces chefs-d'œuvre, contemporains des premières œuvres de Ghiberti et de Donatello, assignent aux Pays-Bas, à côté de l'Italie, dès la fin du xiv^ siècle, la première place dans l'histoire de l'art.

Ce n'est point là, sans doute, un phénomène fortuit. En réalité les mêmes causes sociales ont produit les mêmes effets au nord et au sud des Alpes. Semblables à l'Italie par le nombre de leurs villes, par leur richesse, par l'intensité de leur vie politique, les bassins de la Meuse et de l'Escaut ont fourni au sentiment esthétique, comme l'Italie et en même temps qu'elle, le milieu le plus favorable à sa libre

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