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LA PEINTURE

expression et à son activité créatrice. Des deux côtés, l'exubérance de la vie a inspiré les artistes et les a poussés à ^ rompre avec le symbolisme et l'idéalisme pur du moyen âge. Quoique tempéré par le culte de l'antiquité et la recherche du style, le réalisme de Claus Sluter se retrouve en somme chez les grands Florentins de ce temps-là. Comme en Italie encore, le développement de la sculpture dans les Pays-Bas a devancé celui de la peinture et lui a frayé la voie. De même que Nicolas Pisano avait annoncé Cimabue et Giotto, que Brunellesco, Donatello et Ghiberti annoncèrent Masaccio (i), de même Claus Sluter a servi de précurseur aux Van Eyck et à Van der Weyden.

Aussi nombreux que les imagiers, les peintres se détachèrent moins rapidement de la tradition. Tandis que les premiers se voyaient obligés d'étudier attentivement la nature pour reproduire sur les tombeaux des portraits fidèles, les autres s'en tinrent plus longtemps au simple décor. Mais la sculpture pouvait d'autant moins manquer de communiquer ses progrès à sa sœur, qu'elle appelait celle-ci à collaborer avec elle et à parer de l'éclat de la couleur les figures taillées dans la pierre par le ciseau. On sait d'ailleurs qu'un bon nombre de statuaires, tel André Beauneveu (1364- 1390), manièrent eux-mêmes le pinceau, et il n'est point douteux qu'ils aient cherché à lui faire exprimer leur idéal naturaliste. En tous cas, c'est déjà celui-ci qui inspire, du vivant même de Beauneveu, les miniatures de Hennequin de Bruges et les majestueuses figures de l'Apocalypse d'Angers, dont il dessina les cartons (1375-79). Dès cette époque, les peintres rivalisent avec les sculpteurs et se partagent avec eux la faveur de la haute aristocratie et des rois de France. Hennequin de Bruges est peintre et valet de chambre de Monseigneur le roi Charles V ; Pol de Limbourg enlumine l'admirable livre d'heures du duc Jean de Berry; Jean de Woluwe vit à la cour ducale du Brabant; Jean de Hasselt travaille avec Beauneveu pour Louis de Maie et enfin Melchior

(1) E. Mùniz, Histoire de l'art pendant la Renaissance, t. I, p. 690 (Paris, 1889).

Broederlam peint à Dijon, pour Philippe le Hardi, sur les volets de deux retables en bois, sculptés par le termondois Jacques de la Baerze, les premiers tableaux qui ouvrent l'histoire de la peinture néerlandaise : l'Annonciation, la Présentation au temple et la Fuite en Egypte. Ainsi, cette chartreuse de Dijon^ élevée par la volonté du duc de Bourgogne, forme comme le confluent des deux courants d'art sortis des Pays-Bas.

Si la sculpture ne devait pas dépasser, au xv^ siècle, les chefs-d'œuvre de Sluter, on sait que la peinture, au contraire, se développant avec une rapidité surprenante, rayonna pendant cent ans d'un éclat incomparable. La période d'incubation est terminée, et, au milieu de la prospérité de l'État bourguignon, apparaît une rayonnante pléiade d'artistes. Sortis des deux races qui se partagent les Pays-Bas, ils se rassemblent, abandonnant la route de Paris, dans les grandes villes de Flandre et de Brabant, où la présence de la cour et celle des marchands ou des banquiers leur assurent des commandes qui donnent lieu à autant de chefs-d'œuvre. Hubert van Eyck vient du Limbourg, se fixer à Gand (v. 141 o?); son frère Jean, après quelques années passées en Hollande à la cour de Jean de Bavière, s'installe à Bruges en 1425; Roger van der Weyden quitte Tournai, sa patrie, et son vieux maître v^allon Robert Campin, pour s'établir à Bruxelles (1435); autour d'eux, le brabançon Pierre Christus et le valenciennois Simon Marmion, Juste de Gand (Josse van Wassenhove), et Hugues van der Goes, son compatriote, Thierry Bouts de Harlem et le maître de l'autel de Flémalle (Jacques Daret de Tournai ?), achèvent de constituer une école aussi nombreuse que brillante. Les Pays-Bas deviennent dans le Nord le centre d''attraction de tous les artistes. Memling y accourt de Mayence s'initier aux progrès de la peinture, y demeure et y devient lui-même un maître. L'art désormais se dégage complètement du métier ; le peintre cherche par l'étude des sciences à perfectionner sa technique ; sa personnalité s'affirme dans ses œuvres, et la célébrité s'attache à son nom. Jean van Eyck jouit à la cour de Philippe le Bon d'une considération analogue à celle dont Rubens sera l'objet, au xvii^ siècle, auprès d'Albert et d'Isabelle. Le duc

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