LA MUSIQUE
visite son atelier, est parrain de sa fille, lui donne une maison et une pension, l'emploie à des missions secrètes.
La réputation des artistes belges se répand bien au delà des frontières du pays. Ils ne peignent pas seulement pour le prince, pour le chancelier Rolin, pour les Portinari ou les Amolfini de Bruges, pour le trésorier Bladelin : leurs œuvres, partout demandées, s'exportent dans toute l'Europe. On sait que le Jugement dernier de Memling, conservé dans l'église de Sainte-Marie à Dantzig, a été trouvé, en 1473, par le corsaire Paul Benecke, dans la cargaison d'un bateau hollandais qui transportait probablement ce tableau en Italie.
Il nous est naturellement impossible, faute de place et faute de compétence, de songer à caractériser les influences diverses qui ont pu s'exercer sur l'école de peinture des Pays-Bas, ainsi que de caractériser les tendances particulières des artistes dont elle se compose. Il nous suffit d'avoir montré, que cette école s'explique par la civilisation générale du pays, qu'elle est comme celle-ci tout à la fois germanique et romane et qu'enfin, subissant la même évolution que la vie politique, elle se détache au xv^ siècle du milieu urbain dans lequel elle est née, pour aboutir, sous le mécénat des ducs, à son épanouissement complet.
La sculpture et la peinture n'épuisent point la merveilleuse vitalité artistique des États bourguignons. Les circonstances qui suscitèrent le génie des Sluter, des van Eyck, des Van der Weyden affranchirent aussi la musique des liens de la tradition. Le progrès s'accomplit en même temps dans tous les domaines de l'art. Si les chefs-d'œuvre des musiciens de cette heureuse époque nous sont forcément moins connus que ceux des peintres et des sculpteurs, ils ne charmèrent pas moins qu'eux les contemporains, et les travaux des spécialistes de notre temps ont prouvé qu'ils méritent d'être placés aussi haut dans l'estime de la postérité. Elle aussi, la musique belge doit être considérée comme l'expression de la civilisation commune aux deux races des Pays-Bas. Wallons et Flamands se rencontrent pêle-mêle parmi les compositeurs qui l'ont illustrée. Ici encore l'unité du milieu social l'a emporté sur la diversité
des races, et tout au plus pourrait-on reconnaître l'action de celle-ci dans l'inégale répartition qui fait dominer les Flamands parmi les peintres et les Wallons parmi les musiciens. Après Guillaume Dufay de Chimay (c. 13 50-1 4 3 2), « l'étoile du matin de l'École », Gilles de Binche (11460), Antoine Busnois (f c. 1480), le flamand Jean Ockeghem (j 1494-149 6) et le hennuyer Josquin des Prés (c. 1450-1521) sont les artisans de la grande transformation qui substitue au chœur à l'unisson \ le chœur à plusieurs voix, et introduit le contre-point dans la composition musicale. Leur célébrité égale celle des peintres. On appelle leurs élèves en Italie, et le roi de France confie à Ockeghem la direction de sa chapelle. Le goût des ducs de Bourgogne et particulièrement de Charles le Téméraire pour l'art musical, assure d'ailleurs à ces artistes, dans leur patrie même, une existence confortable et de studieux loisirs. Dufay obtient une prébende de chanoine à Saint-Donatien de Bruges ; Gilles de Binche et Busnois sont maîtres de chapelle de Philippe le Bon et de son fils.
Ainsi la cour ducale brille de l'éclat de tous les arts et seconde également leurs progrès. Déjà, dans la seconde moitié du xv^ siècle, elle rayonne jusqu'au delà des Alpes. Sous Charles le Téméraire, des graveurs italiens, comme ce Nicolas Spinelli dont Memling nous a conservé le portrait, viennent chercher fortune dans les Pays-Bas. C'est sans doute à l'influence de ces étrangers qu'il faut attribuer les motifs Renaissance qui déjà font leur apparition dans les tableaux de Memling, et présagent les tendances italianisantes qui vont bientôt dominer dans la peinture nationale.
Tandis qu'au moyen âge le développement des arts plastiques avait été subordonné à celui de l'architecture religieuse, le XIV* et le xv^ siècle nous présentent un spectacle bien différent. L'architecture se trouve entraînée maintenant dans une voie nouvelle par la sculpture, et perd la situation prépondérante qu'elle avait exercée jusqu'alors. La période des grandes constructions ecclésiastiques est close. On n'élève plus guère que des monuments civils, dans lesquels se trahit avant vitout la recherche de l'élégance, du décor et du luxe. Sous cette