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L ARCHITECTURE

impulsion nouvelle, l'architecture se soustrait complètement à l'influence française, à laquelle elle a obéi pendant la période précédente. Le style gothique perd cette simplicité de lignes et cette majesté sévère qui caractérisent les œuvres de l'école de Tournai au xiii^ siècle. L'architecte rêve désormais de façades qui, par la profusion des ornements, la grâce du dessin, la ciselure de la pierre, pourront rivaliser avec les œuvres des imagiers et appelleront à concourir à leur ornementation tous les arts industriels.

Déjà, l'hôtel de ville de Bruges, commencé en 1376 par Jean de Valenciennes, révèle nettement ces aspirations. Mais c'est en Brabant qu'elles doivent trouver au xv" siècle leur expression définitive. L'hôtel de ville de Bruxelles (140 2- 1444), dû à Jacques van Thienen et à Jean de Ruysbroeck, celui de Louvain (1448) dû à Mathieu de Layens, ouvrent la série d'édifices où prendront place, pendant les années suivantes, les hôtels de ville de Mons, de Damme, d'Alost, de Gand, d'Audenarde, de Middelbourg, de SaintOuentin et d'Arras. On sent, à contempler ces palais municipaux, que l'âge héroïque des communes a fait place à une époque de calme et d'aisance paisible où les magistrats, dans leur maison échevinale, n'ont plus à craindre d'émeutes populaires. Plus de créneaux au faîte des monuments, dont une balustrade élégante ourle désormais les combles de sa broderie de pierre. Les fenêtres, décorées de vitraux, s'ouvrent largement sous les arabesques qui les contournent, séparées les unes des autres par des statues brillantes d'or et de couleurs. Le bejffroi, ce vieux symbole de l'autonomie urbaine, ou manque, comme à l'hôtel de ville de Louvain, ou devient, comme à celui de Bruxelles, un campanile jaillissant du toit ainsi qu'une fusée de pierre d'une sveltesse et d'une élégance incomparables. La fantaisie et l'imagination créatrice, si largement déployées dans l'architecture laïque, se communiquent bientôt à l'architecture religieuse. On orne les églises de chapelles, de portails, de tribunes, de tours, où se prodiguent toutes les ressources d'un art sûr de lui-même et se jouant des difficultés de la technique. De grands seigneurs ou de riches

particuliers se font élever des hôtels dont celui de Gruuthuus^ à Bruges, nous conserve l'un des spécimens les plus caractéristiques. La construction en briques, qui est imitée tout d'abord des formes de la construction en pierres, trouve en Flandre des combinaisons nouvelles appropriées aux matériaux qu'elle met en œuvre. Elle n'apparaît pas seulement dans les riches hôtels, elle commence encore à se substituer au bois, presque seul employé jusqu'alors pour les maisons bourgeoises. Dès le milieu du xv® siècle, elle donne aux villes flamandescette parure de pignons roses ou d'un gris jaunâtre, décorés de nervures rappelant les mouvements de la charpente, et qui font encore aujourd'hui le charme des vieilles rues d'Ypres et de Bruges.

L'abandon de la tradition médiévale, qui s'affirme pendant la période bourguignonne d'une façon si splendide dans les chefs-d'œuvre de la peinture, de la sculpture et de la musique, et qui se réalise en même temps dans le domaine des institutions, répond à une profonde transformation intellectuelle et morale au sein de la société. A vrai dire, le décor luxueux et souvent bizarre dont s'entoure cette société peut donner le change sur les sentiments qui l'animent. On a peine à se figurer que ce furent des hommes et n on de grands enfants qui assistèrent en 1468 aux noces de Marguerite d'York et de Charles le Téméraire, dans une spacieuse maison de boisamenée par eau de Bruxelles à Bruges, et dont la décoration avait occupé pendant plusieurs mois des centaines d'ouvriers et d'artistes recrutés en Flandre, en Brabant, en Hainaut et en Artois. On y vit une tour de quarante et un pieds de haut, garnie de singes, de loups, de sangliers mécaniques, dansant et chantant, une baleine longue de soixante pieds se promenant par la salle, des éléphants, trente arbres de huit pieds de haut, chacun dans un « tuin » doré, une fontaine de cristal, un pélican « jetant hypocras par le bec », bref une foule de merveilleux

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