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ATTITUDE D ADOLPHE DE LA MARCK

qu'au moment où le nouvel évêque fît son entrée dans la capitale (Noël 13 13). La révolution communale, en effet, n'avait point suspendu la lutte des Awans et des Waroux qui continuaient de s'entretuer avec fureur. Adolphe chercha vainement à leur imposer la paix. Mais personne ne respectait ni son autorité ni celle de ses officiers, odieux d'ailleurs pour la plupart en leur qualité d'étrangers, et il se vit obligé de prendre parti lui-même entre les belligérants. Son intervention / en faveur des Waroux jeta les Awans du côté des villes et la | ' querelle des lignages devint une guerre civile générale. La confusion qui s'ensuivit se retrouve dans les récits des chroniqueurs du temps. Les pillages, les meurtres, les vengeances, les atrocités de toute sorte qu'ils nous racontent, nous dérobent la marche des événements, comme une fumée d'incendie à travers laquelle on n'aperçoit qu'une agitation confuse et des mouvements indistincts.

Quoi qu'il en soit d'ailleurs, il est certain que les villes profitèrent des circonstances pour empiéter largement sur les « hauteurs » épiscopales. La grande famine de 13 15 fit tomber les armes des mains des combattants (i). La paix de Fexhe, conclue le 18 juin 13 16 (2), fut un compromis ambigu qui voulant satisfaire à la fois le prince et les villes ne tranchait rien. Toutefois, en ne condamnant pas formellement l'attitude que venait de prendre la bourgeoisie, cette paix était en réalité une défaite pour l'évêque. L'impunité rendit les communes plus audacieuses, et, pendant les années qui suivirent, elles se crurent tout permis. Les Liégeois chassèrent leur mayeur, s'attribuèrent la haute justice, confisquèrent les revenus épiscopaux, s'approprièrent les « wérixhas », terres vagues situées dans la banlieue et dont la possession était précieuse à cause des houillères que l'on commençait à y exploiter (3). Ils allèrent jusqu'à lever, pour combattre l'évêque^ une armée de mercenaires. La plupart des bonnes villes suivirent l'exemple de la capitale. De toutes parts les

(1) F. Curschmann, Hungersnôte im Mittelalter, p. 208 (Leipzig, 1900).

(2) Bormans, Ordonnances, t. 1, p. 154.

(3) Jean d'Outremeuse, loc. cit., p. 632.

châteaux de l'évêque furent assaillis, ses officiers bannis ou traqués par le peuple. Les gens du plat pays se firent inscrire en masse dans la bourgeoisie, échappant ainsi à la juridiction de leurs seigneurs.

La situation devint plus grave encore lorsque l'on apprit sur les bords de la Meuse le grand soulèvement de la Flandre maritime contre Louis de Nevers. L'interdit jeté sur la cité, l'émigration du chapitre de Saint-Lambert, restèrent sans effet. L'évêque put croire alors qu'une véritable révolution était à la veille d'éclater et que, sur les ruines de l'ordre établi, allait se fonder une société nouvelle où le pouvoir du prince passerait aux gens de métiers irrésistibles et partout vainqueurs (i). Réfugié à Huy qui, par hostilité contre Liège, le reçut dans ses murs et fut pour lui un point d'appui aussi précieux que Gand l'était à la même date pour le comte de Flandre, il implorait le pape et le roi de France contre la « plèbe brutale » qui triomphait, appelait à l'aide ses parents d'Allemagne, Adolphe II comte de La Mark, Renaud II comte de Gueldres, Adolphe VI comte de Berg, Gérard IV comte de Juliers, ralliait autour de lui la chevalerie du diocèse et des nobles brabançons heureux de combattre un peuple qui semblait vouloir bouleverser toute la hiérarchie sociale. La défaite de Cassel (23 août 1328) qui écrasa la révolte des Flamands, l'enhardit enfin à risquer une bataille. Le 25 septembre 1328, il rencontra l'armée de Liège et des « bonnes villes » auprès d'Oreye et la tailla en pièces.

Ainsi, presque à la même date, les deux premiers grands conflits qui éclatèrent dans les Pays-Bas entre les princes et les villes tournèrent à l'avantage des premiers. Après la bataille de Cassel les droits souverains du comte de Flandre, après la bataille d'Oreye les droits souverains de l'évêque de Liège furent rétablis dans leur plénitude. Liège ne réussit pas plus que Bruges à se transformer en république indépendante. Ni l'une ni l'autre ne parvinrent, comme il arriva si souvent en Allemagne, à conquérir le titre de ville libre. En dépit d'efforts qui durèrent, en Flandre, jusqu'au règne de Charles-

(1) Voy. la lettre qu'il adresse au roi de France, dans Hocsem, loc. cit., p. 388.

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