LES VILLES BRABANÇONNES
dans une autre ville wallonne, à Dinant, l'importance prépondérante du métier des batteurs et la présence d'une classe de riches marchands empêchèrent l'introduction du système égalitaire de la capitale, et amenèrent une organisation qui rappelle exactement celle des grandes villes drapières de la Flandre (i).
L'ébranlement communiqué aux classes populaires par le triomphe des métiers de Bruges, se fit sentir dans le Brabant comme dans le Pays de Liège, mais avec moins de force et de durée. Entre la Flandre et la principauté épiscopale continuellement troublée par les guerres civiles, le duché nous présente le spectacle d'une activité moins fiévreuse, d'un développement plus normal des institutions. C'est là un fait d'autant plus remarquable qu'il semblerait à première vue, que, couvert comme la Flandre de villes manufacturières, il eût dû partager le sort de celle-ci et passer par les mêmes révolutions. La surprise augmente encore lorsque l'on constate que les tisserands et les foulons de Bruxelles ou de Louvain ne haïssaient pas moins la haute bourgeoisie que ceux de Bruges, d'Ypres ou de Gand (2), et qu'ils firent des efforts aussi énergiques pour lui arracher le pouvoir. Leur soulèvement en 1302 se rattache à une série nombreuse de soulèvements antérieurs et ne s'en distingue que par sa soudaineté et son extension. Et pourtant, après une courte période d'agitation, l'ancien ordre des choses se rétablit. Les artisans partout écrasés n'arrivent pas à conquérir les droits politiques. Depuis 1306, ils se voient soumis à une compression plus rigoureuse que jamais et vraiment tyrannique. A Louvain, défense leur est faite de posséder des armes (3) ; à Léau, on leur interdit op haer lijf
(1) H. Pirenne, Histoire de la constitution de la ville de Dinant, p. 45 (Gand, 1889).
(2) Voy. le tome I de cet ouvrage (a* édit.), p. 355. Add. H. Vander Linden, I Histoire de la constitution de la ville de Louvain, p. j3 (Gand, 1892).
(3) Brabantsche Yeesten, t. I, p. 732 (Bruxelles, iSSgj.
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e?îde op haer goed de se rassembler à plus de quatre (i) ; à Bruxelles la peine de mort est proclamée contre les ouvriers de la draperie qui, le couvre-feu sonné, n'auraient pas regagné leurs faubourgs et seraient trouvés dans les murs de la ville (2). Partout la domination des patriciens est renforcée par de nouvelles mesures. Le duc va jusqu'à obliger ses officiers à leur prêter main-forte dans l'avenir en cas de sédition (3). C'est alors enfin que les geslachten (lignages) prennent la forme qu'ils conserveront jusqu'à la fin du siècle et que le monopole du recrutement de l'échevinage leur est décidément garanti .
Ainsi, tandis qu'ailleurs le patriciat sort vaincu et mutilé de son conflit avec le « commun » il y puise ici un renouveau de vigueur. A Liège comme en Flandre, il n'est pas rare de voir le prince seconder parfois, dans l'intérêt de sa politique, le parti populaire I en Brabant, au contraire, invariablement hostile à ses revendications, il n'hésite jamais sur la conduite à suivre. Jean II, si pacifique à l'égard de ses voisins, prend les armes dès qu'éclate la révolte des métiers; c'est lui qui taille en pièces ceux de Bruxelles le i^'' mai 1306, dans les prairies de Vilvorde (4).
Il n'est pas difficile de trouver les raisons de cet état de choses. Il s'explique tout d'abord par l'attitude que prit le patriciat à l'égard du duc. Tandis que dans le Pays de Liège ce n'est qu'après leur défaite soudaine que les gens de lignage se rapprochèrent de l'évêque, tandis qu'en Flandre ils firent appel au roi de France contre les artisans et par là forcèrent le comte de s'appuyer sur ceux-ci^ la haute bourgeoisie de Bruxelles et de Louvain vit dès le principe dans le seigneur territorial son défenseur naturel contre une opposition dont les
(1) Brabantsche Yeesten, t. I, p. 741.
(2) Luyster van Brabant, I, p. 68 (Bruxelles, 1699).
(3) Luyster, ibid.
(4) On a souvent invoqué pour prouver l'impitoyable répression qui frappa les révoltés après cette journée, une charte du 7 juin i3i2 {Brabantsche Yeesten, t. 1, p. 75o) mentionnant des textoribus et fullonibus vivis sepultis. Ce texte ne nous ayant été conservé que dans une copie de A Thymo, il est probable qu'il ne faut voir dans le vivis sepultis qu'une faute de lecture (peut-être in vtis sepultis?).