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LE PATRICIAT BRABANÇON ET LES DUCS

mo5^ens employés pour la combattre révèlent également la force et la terreur qu'elle inspirait. Plus grandes étaient les haines dont ils se sentaient menacés (i), plus, autour de leur enceinte emmuraillée, grandissaient les faubourgs des tisserands et des foulons^ plus aussi le besoin d'un protecteur s'imposait à eux. . . et il n'en était point d'autre que le duc. Pour se concilier son appui, ils lui témoignèrent une obéissance et un loyalisme absolus, et mirent généreusement en toute circonstance leurs bras et leur fortune à sa disposition. Une telle conduite était trop favorable au prince pour qu'il pût se priver des avantages qu'elle lui procurait. Il accepta l'alliance des lignages et la paya du concours qu'il leur fournit contre les artisans. Le maintien du régime aristocratique fut pour lui dès lors la garantie de la fidélité de ses villes, et, par raison politique, il s'attacha aussi longtemps qu'il put à le défendre.

La longue durée de ce régime fut bien loin d'ailleurs de dépendre uniquement de la bonne volonté du duc. Jean II et Jean III rendirent sans doute au patriciat d'éminents services, mais ils eussent été incapables d'en empêcher la chute s'il n'avait possédé par lui-même une vigueur et une force de résistance considérables. Bien différents des lignages liégeois qui, depuis le commencement du xiv^ siècle, se laissent absorber par la noblesse, s'amoindrissent, s'appauvrissent et jouent dans la constitution urbaine un rôle de plus en plus effacé, les geslachten du Brabant conservent pendant longtemps le nombre, la puissance et la richesse. Leur situation politique répond exactement à leur situation économique. Les familles dont ils se composent ne sont pas seulement des familles de propriétaires fonciers vivant de la rente de leurs terres et méritant ce nom d'oisifs (otiosi, lediggangers) que le peuple a donné en Flandre, au xiii^ siècle, à l'aristocratie bourgeoise. L'industrie fournit à chacune d'elles le moyen de combattre la diminution constante des revenus du sol et de conserver, par une participation active à la vie urbaine, son

(i) Au cours du xiv^ siècle, avant le renversement du régime patricien, des soulèvements d'artisans sont encore mentionnés à F-ouvain en 1340, à Louvain et à Bruxelles en iSSg, à Bruxelles en i368.

influence et son ascendant. Le patriciat brabançon ne forme point d'ailleurs une classe fermée et inaccessible aux hommes nouveaux. Les vides qu'y produit par en haut l'extinction des familles, sont continuellement comblés par en bas grâce à l'affiliation de plébéens enrichis (i). Ainsi, des forces fraîches alimentent sans cesse la vitalité des lignages. A Bruxelles, en 1375, les membres des sept geslachten, âgés de plus de 28 ans, comptent encore 245 chefs de famille, ce qui indique, pour l'ensemble du patriciat, un total d'environ 2000 individus (2).

C'est par la gilde que le patriciat plonge ses racines dans la bourgeoisie et y puise la substance dont il se nourrit. Tandis que les gildes flamandes, devenues des cliques égoïstes ne songeant qu'à maintenir des privilèges surannés, ont été balayées par la révolution démocratique ou ne se sont maintenues que dans des villes secondaires, elles conservent en Brabant, pendant tout le xiv^ siècle, une vitalité remarquable. Elles y constituent un rouage essentiel des constitutions communales, et il faut si peu y voir une survivance stérile du passé, que l'on ne cesse point, durant cette période, d'en créer constamment de nouvelles : à Diest, en 1 3 1 6, à Lierre en 1 326, à Hérenthals en 1385 (3). La persistance de l'institution prouve suffisamment qu'elle a su s'adapter aux circonstances. Elle a renoncé à temps à l'exclusivisme qui caractérise par exemple, à Bruges, la hanse de Londres et qui en a provoqué la chute. Elle bannit de son sein, il est vrai, les travailleurs manuels, mais rien n'est plus simple pour l'artisan aisé que de s'y faire inscrire. Elle réunit en un même groupe, sans tenir compte de leur naissance, tous ceux qui possèdent quelque capital, si bien que patriciens et plébéens se rencontrent sur le terrain commun qu'elle offre à l'activité industrielle.

Ce terrain se borne presque exclusivement à la draperie.

(1) H.Vander Linden, Les gildes marchandes dans les Pays-Bas, ip. 56 et suiv. (Gand, 1896). — On trouve à Cologne un état de choses analogues. Voy. Fr. Lau, op. cit., p. 124.

(2) Henné et Wauters, Histoire de la ville de Bruxelles, t. I, p. i58 n. (Bruxelles, 1843).

^3) H. Vander Linden, Les gildes marchandes, pp. 58-6 1.

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