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LES MÉTIERS BRABANÇONS

Les gildes brabançonnes du xiv^ siècle portent le nom de Lakengulde, de Broederschap van den lakengulde, et, de même qu'elles renferment tous les donneurs d'ouvrages, tous les entrepreneurs pour qui travaillent les foulons et les tisserands, c'est elles aussi qui fixent les salaires, inspectent les ateliers et réglementent à la halle la vente des étoffes fabriquées. Le caractère qu'elles impriment à l'organisation économique des villes répond exactement à l'aspect extérieur de celles-ci. Le contraste que présentent dans chacune d'elles les misérables faubourgs ouvriers et le cœur de la cité bourgeoise puissamment remparé et fermé de portes, se marque aussi fortement dans la subordination étroite des artisans salariés à la gilde capitaliste.

Tant que la draperie demeura florissante, la prospérité des gildes et par là même celle du patriciat, assurèrent la persistance du régime aristocratique. Mais la décadence de l'industrie brabançonne amena nécessairement la chute de ce système politique. Les premiers symptômes de cette décadence, résultat de la concurrence des petites villes et du plat pays avec les grandes communes et plus tard de la concurrence anglaise, se manifestèrent à la fin du xiv^ siècle, et c'est de cette époque aussi que date la transformation profonde des constitutions urbaines dans le duché. Dès 1385, la gilde de Bruxelles est en pleine désorganisation (i) et l'on ne peut douter que celle de Louvain n'ait présenté, plus tôt encore^ un spectacle analogue. Les artisans ne manquèrent pas de mettre à profit la situation. Les lignages affaiblis, suspects d'ailleurs au duc Wenceslas étranger à la tradition de ses prédécesseurs, ne purent dès lors conserver une prépondérance qui ne correspondait plus à leur puissance réelle. Ils luttèrent pourtant avec fureur et avec désespoir contre ces métiers qu'ils méprisaient autant qu'ils en étaient haïs. Mais, après une longue lutte qui ensanglanta plus d'une fois les rues de Louvain et qui a rendu célèbre à cette époque le nom de Pierre Coutereel, ils durent se résigner à l'inévitable. En 1378, la ville obtint une constitution qui, évi-

(1) Henné et Wauters, loc. cit., p. 161.

HIST. DE BELG. a

demment calquée sur celle que la lettre de Saint-Jacques avait donnée à Liège, partageait le gouvernement urbain entre le patriciat et les métiers (i).

Il est intéressant toutefois de constater que le modèle liégeois ne fut pas adopté sans modifications. Malgré sa décadence, la draperie avait encore une trop grande importance, elle avait trop profondément marqué de son empreinte la population urbaine, pour qu'on ne dût pas lui réserver une place dans les nouvelles institutions. Au lieu d'accorder à tous les métiers, comme à Liège, une intervention égale dans les affaires, on réserva aux membres de la gilde non patriciens une influence particulière, en leur attribuant le droit de dresser, conjointement avec les membres des lignages, la liste des candidats à l'échevinage et de nommer seuls les jurés patriciens. Quant aux métiers, au lieu de former chacun à part soi une corporation politique, ils furent répartis en dix groupes ou nations, dont chacune envoyait un juré au conseil. Par là, la constitution louvaniste, bien qu'évidemment inspirée de la lettre de Saint- Jacques, en différait pourtant assez sensiblement^ et se rapprochait par son organisation tripartite de ce type politique que l'on rencontre dans toutes les villes industrielles de Belgique, à Dinant comme en Flandre.

La décadence rapide de la draperie rendit bientôt inutile le rôle attribué à la gilde. Lorsque Bruxelles adopta à son tour, en 1421, une organisation nouvelle, il ne fut plus tenu compte de celle-ci (2). Le patriciat et les neuf nations comprenant l'ensemble des métiers, s'attribuèrent par parts égales les magistratures et les offices urbains. On sent d'ailleurs à la réglementation qui fut alors adoptée et qui fixe le rôle et le& attributions de chaque groupe, que l'ère des grandes révoltes démocratiques est close et que les artisans ont perdu la force et l'énergie dont ils ont donné tant de preuves au xiv^ siècle. Ce qui se trahit clairement dans tous les articles du règlement de 142 1, c'est la préoccupation de fixer d'une manière iden-

(1) H. Vander Linden, Histoire de la constitution de la ville de Louvain, p. 96 et suiv.

(2) Luyster van Brabant, II, p. 23 et suiv.

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