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LES VILLES FLAMANDES

tique les pouvoirs de groupes que l'on sait jaloux les uns des autres, et dont on prévoit que le nombre, comme le rôle, ne variera plus. En 1422, la défense de l'enceinte ayant été répartie entre sept nations, il fallut, pour satisfaire l'amourpropre des deux nations restantes, leur confier l'élection alternative d'une des deux caiitsiedemeestereii de la ville (i).

Les métiers brabançons arrivèrent donc trop tard à la vie politique pour pouvoir y jouer un rôle considérable. Ils étaient épuisés lorsqu'ils obtinrent les droits politiques dont le patriciat les avait privés pendant si longtemps. Mais la destinée de ce patriciat fut bien autrement lamentable. Obligé d'admettre les métiers au partage du pouvoir communal, il se transforma depuis lors en aristocratie étroite, et, renonçant à s'infuser un sang nouveau, ne tarda pas à dépérir. A Bruxelles, en 1477, les lignages furent momentanément supprimés, et, en 1532, Charles-Quint leur enleva leurs dernières prérogatives politiques, considérant qu'il n'y avait plus à cette époque vingt-et-un patriciens en état de figurer sur la liste des candidats à l'échevinage (2).

Avec leurs lignages et leurs gildes, les villes brabançonnes ont conservé, au xiv^ siècle, l'aspect que les villes flamandes elles-mêmes présentaient au siècle antérieur. Leur constitution a continué de reposer sur ses vieilles assises patriciennes, pendant qu'en Flandre, celles-ci ayant été arrachées jusqu'aux fondements, il fallut construire de toutes pièces un nouvel édifice. On y a travaillé durant cent ans à travers des démolitions, des reconstructions et des remaniements perpétuels, sans arriver à lui donner la stabilité et l'harmonie. Mais l'histoire de ces tentatives est aussi instructive qu'elle est passionnante. Non moins active que la démocratie liégeoise, la démocratie

(i) Luysler van Brabant, II, p. 43 et suiv. , (2) Henné et Waulers, loc. cit., p. 344.

flamande a soulevé des questions bien plus compliquées et cherché à résoudre des problèmes bien plus difficiles.

L'évolution qui a amené les métiers au pouvoir dans la principauté épiscopale, se déroule sur un terrain nettement délimité et ne met en mouvement qu'un assez petit nombre de facteurs. Dans les villes flamandes, au contraire, à la force beaucoup plus intense des groupes politiques et sociaux qui se trouvent en conflit, répondent non seulement la variété et la grandeur des événements dans lesquels ils ont été entraînés, mais encore la complexité des rapports que ces groupes entretiennent entre eux et la diversité de leurs intérêts et de leurs tendances . Une analyse quelque peu détaillée de la population urbaine dans ces grandes communes paraît donc indispensable pour comprendre les luttes auxquelles elles ont pris part. Ce que l'on sait déjà de leurs voisines du Brabant et des bords de la Meuse permettra de mieux apprécier, par comparaison, l'originalité des traits par où elles s'en distinguent.

A mesure que l'on s'avance vers les bords de la mer, dans la Belgique du moyen âge, le mouvement économique croît en intensité comme en étendue. Le pays de Liège, à part Dînant, ne possède guère qu'une industrie territoriale. Mais la Hesbaye franchie, on pénètre dans la région des grands centres manufacturiers dont la fabrication s'alimente par le commerce d'exportation.

Il faut y distinguer deux groupes distincts : le Brabant et la Flandre. Le premier, plus éloigné de la mer que le second et ne possédant qu'un seul port, Anvers, dont l'importance est encore loin de rivaliser avec celle de Bruges, dispose des débouchés les moins étendus. Il a pour marché à l'est Cologne, à laquelle le rattachent ses voies fluviales et la route de Maestricht, au sud, la France, dont il n'est séparé que par le Hainaut. Malgré la décadence des foires de Champagne, les Brabançons ne cessent pas de les fréquenter pendant tout le xiv" siècle, en même temps qu'ils profitent des interruptions si nombreuses à cette époque des relations commerciales entre la France et la Flandre, pour alimenter Paris d'étoffes de luxe (i).

(ij Henné et Wauters, loc. cit., p. i6i.

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