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LES TROUBLES DE1327-I

sans décidés à tout, et en qui subsistait l'espérance de fonder un nouveau régime où le « commun » , débarrassé du prince et de la noblesse, serait omnipotent. Chez eux, la passion surexcitée dominait toute prudence; l'interdit, l'excommunication ne les arrêtaient pas : ils ne faisaient qu'augmenter leur haine contre les pouvoirs établis. A peine quelques jours s'étaient-ils passés que l'exécution de la paix fut entravée. Les capitaines restèrent en fonctions, les baillis furent de nouveau expulsés, et ceux qui tentèrent de les défendre se virent en butte à des persécutions de toutes sortes. On les jeta en prison, on confisqua leurs biens, on démolit leurs maisons dont on employa les briques à élever des ouvrages de défense.-

Instigué par les éléments les plus violents, le soulèvement prit cette fois un caractère d'atrocité qu'il n'avait pas encore revêtu jusqu'alors. Le Brugeois Jacques Peit vint se mettre à sa tête. Le radicalisme de ses idées montre combien les tendances révolutionnaires s'étaient développées depuis le commencement des troubles. Elles allaient jusqu'à s'attaquer maintenant à l'Église elle-même. Peit affichait hautement son mépris pour les cérémonies du culte, et il eût voulu, disait-il, voir le dernier prêtre suspendu à la potence. Il organisa dans les châtellenies une véritable terreur. Les partisans du comte, les modérés, tous ceux qui ne se déclarèrent pas nettement pour le commun, furent appréhendés au corps. Par un raffinement de barbarie, on obligeait les nobles et les riches à mettre à mort leurs propres parents sous les yeux du peuple. L'interdit jeté une fois de plus sur le pays n'eut aucun effet. Suivis de bandes armées, les capitaines forcèrent les curés à continuer les offices : ceux qui osèrent s'y refuser furent « boycottés » et contraints de fuir. Jamais, ni pendant la Jacquerie, ni pendant le soulèvement anglais de 1381, on ne revit de violences semblables à celles qui épouvantèrent alors la Westflandre.

Comme il arrive toujours, les modérés furent débordés par les violents. Ils n'avaient pas d'organisation, et l'esprit d'ordre, passif de sa nature, ne leur inspirait pas l'énergie que l'esprit révolutionnaire donnait au parti adverse. Il y eut sans doute çà et là des résistances partielles. Jacques Peit fut assassiné. Mais

sa disparition ne modifia pas la situation. Les tisserands de Bruges, qui continuaient à diriger les événements, ordonnèrent une enquête sur les coupables.

Le comte avait fui à Paris pour implorer le secours du roi, laissant aux Gantois le soin de résister à outrance aux révoltés. La mort inopinée de Charles le Bel retarda de quelques mois l'intervention française devenue maintenant inévitable. Il fallait en finir avec ces rebelles qui « comme des brutes privées de sens et de raison » menaçaient de bouleverser la société tout entière. Déjà leur exemple trouvait des imitateurs. Les Liégeois ne venaient-ils pas eux aussi de se soulever, et les supplications de leur évêque ne se joignaient-elles pas à celles de Louis de Nevers pour convaincre le roi de l'étendue du péril ? Le pape lui-même ne le pressait-il pas de marcher ? Il ne s'agissait plus seulement d'imposer aux Flamands l'observation des traités. Il n'était que temps de sauver les autorités sociales traditionnelles. D'ailleurs l'insurrection, toujours plus hardie, entrait dans une phase nouvelle et menaçait directement la couronne. On n'ignorait pas en Flandre que l'avènement au trône de Philippe de Valois avait soulevé les protestations de l'Angleterre. Et le bourgmestre de Bruges, Guillaume De Deken, inaugurant par une audacieuse initiative la voie où Jacques Van Artevelde devait s'engager plus tard, proposait à Edouard III de le reconnaître comme roi de France, s'il voulait accorder son appui au parti populaire (i).

Philippe de Valois convoqua ses troupes dès le mois de

(i) « Quo tempore Brugenses suos nuntios XII videlicet reputatos Anglorum régi pro sufFragio direxerant, qui ipsum similiter ad occupationem Franciae informabant, dicentes quod si eis hac vice velit fiducialiter assistere, ipsi volunt sibi procul dubio coronam Franciae procurare ». Wilhelmus Procurator, ChronicoUy éd. Matthaeus, Veteris aevi Analecta, t. II, p. 681 (La Haye, 1738). Les documents publiés par M. Stein (voy. p. 85, n.) et par M. de Pauw (ibid.) indiquent que l'auteur de ce plan, qui fut repris plus tard par Jacques Van Artevelde, fut le bourgmestre de Bruges Guillaume De Deken. Il fut accusé par le roi de France, après la bataille de Cassel, d'avoir été en Angleterre « pour traicter avec le Roy d'Angleterre qu'il feust leur sire en Flandre et avecqiies ce qu'il feust Roys de France » (Stein, p. 656). Ses partisans en Flandre ne cachaient point leur but qui était de « déshériter monseigneur de Flandre et le roy de France comme souverain (de Pauw, p. 699). Pour plus de détails, voir H. Pirenne, La première tentative pour reconnaître Edouard I d'Angleterre comme roi de France {Ann. de la Soc. d'hist. et d'archéologie de Gand, 1902).

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