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CHAPITRE IV

Depuis la conquête normande, les rapports entre les princes belges et l'Angleterre ne cessèrent, on l'a vu déjà, de se multiplier de siècle en siècle ( ^) . Ils présentent toutefois une nature bien différente de ceux que ces princes entretenaient d'autre part avec l'Empire ou avec la France. Tandis, en effet, que l'empereur ou le roi de France interviennent dans les Pays- Bas à titre de suzerains, celui-ci de la Lotharingie, celui-là de la Flandre, le roi d'Angleterre n'est pour eux qu'un étranger dépourvu de toute autorité légale. La Belgique mêle intimement son histoire à celle des deux grands États dont relèvent ses territoires, l'influence allemande et l'influence française se manifestent chez elle tour à tour ; mais elle présente, à l'égard de l'Angleterre, une entière indépendance, et l'on ne remarque à aucune époque du moyen âge qu'elle en ait subi l'action, soit dans le domaine des institutions, soit dans celui des lettres et des arts. Ses relations avec cette puissance restèrent toujours des relations purement extérieures, sans franchise ni cordialité, et qui s'expliquent uniquement par des combinaisons politiques ou des nécessités économiques.

(i) Voy. le tome I de cet ouvrage (2" édit.), p. i63.

Les conflits perpétuels où, depuis la fin du xi^ siècle, la France et l'Angleterre furent entraînées l'une contre l'autre, poussèrent naturellement de bonne heure les rois insulaires à chercher dans les Pays-Bas des alliés contre leur adversaire continental. Jean sans Terre et Edouard I" n'épargnèrent rien pour acheter le concours de princes qui mettaient leurs services à un prix d'autant plus élevé qu'ils étaient demandés avec plus d'insistance. Jamais d'ailleurs ils ne réussirent à rendre durables des coalitions formées à grands renforts de livres sterling et qui se dissolvaient dès qu'elles cessaient d'être payées. Lors même qu'elles semblèrent le plus solides, un rien suffisait pour les anéantir, et il ne semble pas d'ailleurs que les rois aient eu la naïveté de croire à la perpétuité du dévouement au plus offrant et de la fidélité à louer de princes qui n'avaient pour principe de conduite que leur intérêt.

L'un de ces princes pourtant fit exception à la règle générale : ce fut le comte de Flandre. Vassal du roi de France, il devait, en effet, prendre parti nécessairement dans la querelle sans cesse renaissante entre son suzerain et le roi d'Angleterre. En vertu de sa situation féodale, la faculté de choisir entre les belligérants lui était interdite; la possibilité même de rester neutre entre eux lui manquait. Dès lors, contraint de choisir, il régla son attitude sur celle de la France à son égard, et suivant qu'il vit. dans les Capétiens des protecteurs ou des ennemis, il combattit dans leur camp ou se jeta dans le camp opposé.

Les rapports entre la Flandre et l'Angleterre dépassent d'ailleurs de beaucoup la sphère étroite des intérêts dynastiques. Depuis le milieu du xiii^ siècle, ils attirèrent de plus en plus l'attention des grandes villes, dont la prospérité industrielle dépendait de l'abondance et de la régularité des arrivages de la laine d'Outre-Manche. A mesure que l'influence de Gand, de Bruges et d'Ypres grandit dans le pays, les princes flamands se virent forcés d'adapter leur politique aux nécessités économiques qui s'imposaient aux bourgeoisies et d'éviter avec l'Angleterre une rupture qui eût ruiné celles-ci. Mais il allait venir un moment où l'intérêt du comte et l'intérêt des villes

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