EDOUARD III ET LES PRINCES BELGES
s'opposeraient brutalement l'un à l'autre et feraient surgir un conflit qui, par ses conséquences, devait exercer une action décisive sur l'histoire des Pays-Bas.
A l'époque où Edouard III, vainqueur de l'Ecosse, résolut d'entreprendre contre la France une guerre que l'avènement de Philippe de Valois au trône des Capétiens rendait inévitable, le duc de Brabant venait de sortir victorieux de la lutte entreprise contre lui par la plupart des princes voisins (i). Il s'était allié aussitôt au plus puissant de ses anciens adversaires, au comte de Hainaut et de Hollande, s'assurant ainsi contre un retour offensif de Jean l'Aveugle, de l'évêque de Liège et du comte de Flandre. Toutefois, la question qui avait fait éclater la lutte n'était pas tranchée. Malines n'appartenait ni à Louis de Nevers, qui l'avait achetée, ni à Jean III, à qui elle s'était donnée. Cette proie si convoitée restait provisoirement aux mains du roi de France, comme un appât également tentateur pour le comte de Flandre et pour le duc de Brabant. L'évêque de Liège n'était pas moins préoccupé du sort qui serait enfin réservé à la ville, car si elle passait au duc, il se verrait obligé de restituer au comte les cent mille livres qu'elle avait coûté. Il s'employait d'autant plus activement à écarter une éventualité si fâcheuse pour ses finances et si profitable au Brabançon, que l'arrogance de celui-ci à son égard devenait intolérable.
Cette question de Malines, qui tenait ainsi en suspens trois des princes belges les plus influents, était en revanche fort indifférente à Guillaume d'Avesnes. Seul il conservait une liberté d'allures qui assurait son influence auprès de tous ses voisins et le posait en face d'eux comme l'arbitre de leurs querelles. D'éminents services et les relations de famille les plus étroites ne l'eussent-elles point uni au roi d'Angleterre^ que c'eût été à lui encore qu'Edouard III se fût adressé sans doute pour se recruter des partisans dans les Pays-Bas. Prématurément
(i) Voy. p]us haut, p. 21.
g 6 GUERRE DE CENT ANS ET J. VAN ARTEVELDE
vieilli, et « si malade de goutte et de gravelle qu'il ne se povoit mouvoir (i) », Guillaume conservait intacte la souplesse de son intelligence, et il n'hésita pas à mettre au service de son gendre cette habileté politique dont il avait déjà donné tant de preuves. Dès le mois de décembre 1336, les négociations entreprises par lui avaient obtenu un tel succès qu'Edouard, jetant le masque, le déclarait son fondé de pouvoirs dans les Pays-Bas (2). Valenciennes, la résidence favorite du comte, devint ouvertement le rendez-vous d'émissaires anglais prodigues de promesses et d'argent, et qui, pour éblouir tous les yeux de la fortune de leur maître « maintenoient grand estât sans riens espargnier néant plus que si le corps du roy y eust esté en propre personne (3) ».
Il ne fut point difficile de gagner à la cause anglaise le comte de Gueldre, qui avait épousé une sœur d'Edouard en 1332, ainsi qu'un bon nombre de dynastes des bords de la Meuse et du Rhin, comtes de Looz, de Gueldre, de Juliers, de La Marck, qui, moyennant finances, s'engagèrent à mettre au service du roi quelques centaines « d'armures de fer ». Mais la collaboration de ces seigneurs éloignés de la frontière française et de puissance médiocre, ne pouvait servir que d'appoint à la grande ligue projetée. Le duc de Brabant, le comte de Flandre et l'évèque de Liège présentaient pour elle une bien autre importance, tant par la situation de leurs territoires que par les forces dont ils disposaient. Guillaume et le roi mirent tout en œuvre pour les faire entrer dans la coalition ; ils ne réussirent toutefois qu'en partie.
Si Jean de Brabant se fit prier tout d'abord avant d'accorder son concours, ce n'est pas qu'il fût retenu par ses traités avec le roi de France. Il avait appris de ses ancêtres à ne pas compliquer la politique par des scrupules de conscience, et il n'hésita quelque temps que pour obtenir un plus haut prix de son alliance. Il ne consentit à se laisser acheter qu'après avoir reçu pour lui d'énormes subsides, et pour ses villes,
(1) Jean Le Bel, Chroniques, éd. M. L. Polain, t. I, p. 121 (Bruxelles, i863).
(2) Rymer, Foedera, t. il, 3« partie, p. i36(La Haye, lySg).
(3) Jean Le Bel, op. cit., p. i23.