EDOUARD III ET LES PRINCES BELGES
dont les princes de sa famille n'avaient jamais séparé les intérêts commerciaux de leurs intérêts dynastiques, la promesse que l'étape des laines anglaise serait fixée à Anvers (i). La question de Malines ne fut pas sans doute sans influer aussi sur sa conduite. Sa rupture avec Philippe de Valois lui fournissait un prétexte commode pour s'emparer de la ville.
L'entrée du duc dans le camp anglais constituait pour l'évêque de Liège le plus puissant motif de s'en écarter. Trop de rancunes le séparaient du Brabançon pour qu'il pût se résoudre à combattre dans les mêmes rangs. Dans l'été de 1337, il se trouvait de nouveau en guerre avec lui, et il en profita pour resserrer encore les liens si étroits qui l'unissaient à la France et à l'allié intime de celle-ci, Jean l'Aveugle. Tandis que ses parents d'Allemagne se louaient à Edouard, il promettait à Philippe de Valois, moyennant 15,000 livres parisis, d'amener jusqu'à Compiègne une troupe de 5 00 hommes d'armes (29 juillet) (2).
L'attitude de Louis de Nevers fut plus nette encore que celle de l'évêque. Le devoir féodal, le mariage qu'il avait contracté, l'éducation qu'il avait reçue, ne l'attachaient pas seulement à la France : l'honneur lui commandait impérieusement de ne pas abandonner un roi qui l'avait sauvé jadis du plus grand péril et l'avait remis en possession de son comté. Inébranlable aux sollicitations les plus pressantes et les plus avantageuses, il se mit sans réserve au service de Philippe de Valois, et sacrifia tout à la reconnaissance. En 1336, il n'hésita pas à faire proclamer, sans doute sur l'ordre de la couronne, la cessation du commerce avec l'Angleterre (3), soulevant une fois de plus contre lui le courroux de ces villes dont il connaissait pourtant la puissance.
C'est sur le sol des Pays-Bas que fut livré le premier combat de la guerre de Cent Ans. Bien que l'ouverture des hostilités
(1) Rymer, op. cit., t. III, 3« partie, p. i55, iSg, 169, 176, 180, i83.
{2) Froissart, Chroniques, éd. Kervyn de Lettenhove, t. XVIII, p. 42 (Bruxelles, 1872).
(3) Dès le 5 octobre i336, Edouard III, par voie de représailles, ordonne d'arrêter les marchands flamands se trouvant dans ses États, et de saisir leurs biens. Rymer, op. cit., t. III, 3« partie, i52.
n'eût pas été officiellement déclarée, les flottes de France et d'Angleterre les commencèrent dans la Manche et dans la mer du Nord pendant l'été de l'année 1337, et, le 11 novembre, des troupes anglaises se jetaient dans l'île de Cadzant et reprenaient la mer après avoir taillé en pièces un corps flamand chargé de surveiller la côte (i). Cette escarmouche n'eut d'ailleurs aucune conséquence. Les préparatifs d'Edouard l'enipêchèrent encore pendant plusieurs mois d'entreprendre sérieusement la lutte. Enfin, le 16 juillet 1338, escorté de 400 navires, il quitta la rade de Yarmouth, cingla vers l'embouchure de l'Escaut et débarqua le lendemain à Anvers (2).
Sa désillusion dut être grande en y arrivant. Des princes dont il avait payé si cher le concours, aucun n'était prêt. Le duc de Brabant que la mort de Guillaume d'Avesnes, arrivée le 7 juin de l'année précédente, rendait le plus influent des coalisés, manifestait une étrange tiédeur, et les autres réglaient leur conduite d'après la sienne (3). Au lieu de s'attarder à négocier avec eux, le roi résolut de se procurer un titre qui lui permît de les contraindre à marcher. Il s'était allié, l'année précédente, à l'empereur Louis de Bavière par l'intermédiaire de leur beau-père commun, le comte de Hainaut, et s'il n'ignorait pas que Louis, aux prises avec des difficultés inextricables, était hors d'état de lui apporter une aide bien efficace, il espérait du moins en obtenir une délégation de pouvoir qui augmenterait son prestige dans les Pays-Bas. Le duc de Brabant n'affirmait-il pas qu'il n'agirait contre la France que sur l'ordre de son suzerain (4) ? Edouard put se convaincre
(1) R. Pauli, Geschichte von England, t. IV, p. 35i (Gotha, i855). C'est encore dans cet ouvrage que l'on trouvera le récit le plus exact et le plus complet de la guerre. Le livre récent de J. Mackinnon, The histcry of Edouard the TItird (Londres, 1900) ne peut prétendre à le remplacer. Il est tout particulièrement insuffisant pour les rapports d'Edouard III avec les Pays-Bas. — Cadzant, au N. de l'Écluse, aujourd'hui dans les terres, était une île à cette époque.
(2) Sur le séjour d'Edouard dans cette ville, voy. Jan De Klerk, Van den derden Edewaert,éd. J. F. Willems (Gand, 1840).
(3) Jean Le Bel, op. cit., p. iSy. — Il faut ajouter que les 20,000 sacs de laine dont le roi avait ordonné l'envoi à Anvers et sur lesquels il comptait pour payer ses alliés et acquérir l'aide des villes, n'avaient pas encore été expédiés. 25oo sacs seulement se trouvaient dans le port au moment du débarquement d'Edouard. Rymer, op. cit., t. II, 4* partie, p. 3i, 35.
(4) Ibid.,Y>. 140.