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LA CRISE INDUSTRIELLE EN FLANDRE

bientôt de la sincérité de ces déclarations. Le titre de vicaire de l'Empire, que Louis de Bavière lui conféra solennellement à Coblence le 5 septembre, n'avança nullement ses affaires. Le duc trouva de nouveaux prétextes pour ne pas remplir ses engagements. Ce n'est qu'après s'être morfondu à Anvers pendant un an qu'Edouard put enfin le faire consentir à une expédition qui, mal dirigée, conduite avec mollesse et entreprise à une saison trop avancée, se borna à une stérile chevauchée sur la frontière française (octobre 1339).

L'arrestation des marchands anglais en Flandre, ordonnée par Louis de Nevers en 1336, appelait nécessairement des représailles. Edouard y répondit en interdisant l'exportation des laines et en prohibant les draps étrangers dans son royaume. Du même coup, il mettait ainsi l'industrie flamande dans l'impossibilité de se procurer la matière première, et il fermait l'un de ses principaux débouchés. Ces mesures étaient d'autant plus habiles que, tout en frappant la Flandre à l'endroit le plus sensible, elles tournaient en même temps à l'avantage de l'Angleterre. Edouard, en effet, cherchait depuis le commencement de son règne à introduire dans ses États l'exercice de la draperie. Il y avait déjà attiré, par l'octroi de privilèges considérables, un certain nombre d'artisans des Pays-Bas (i), et la défense d'exporter les laines eut pour résultat de favoriser dans la Grande-Bretagne l'extension d'une activité manufacturière qui devait, une cinquantaine d'années plus tard, faire à la Flandre une concurrence redoutable. Désormais, l'Angleterre travaillant elle-même une partie au moins des laines qu'elle produisait, n'éprouvait plus, comme au siècle précédent, l'impérieux besoin de les écouler vers sa voisine, et

(1) Rymer,ojp. czï.,t. II, 3«partie,pp,68[23 juillet i33ij, i56 [12 décembre 1336], 167 [3 mai 1337J. Le 25 novembre i33q le roi prend des mesures pour favoriser l'industrie drapiére à Bristol {Ibid., 4» partie, p. 56). Sur tout ceci, voir l'excellent exposé d'Ashley, English économie history ^ t. II, p. 193 et suiv.

la rupture des relations commerciales lui fut dès lors beaucoup moins sensible qu'à celle-ci. Edouard ne maintint d'ailleurs la prohibition qu'à l'égard de la Flandre. Il permit aux Brabançons de s'approvisionner dans son royaume, et s'engagea même à placer à Anvers l'étape des laines, dont Bruges avait été jusque-là le marché principal. En revanche, il s'efforçait d'enserrer les Flamands dans un véritable blocus, s'appliquait à écarter du Zwin les marchands allemands (i), et priait le roi de Castille de mettre également le comté en interdit (2).

Le chômage de son industrie et la désertion de ses ports firent s'abattre bientôt sur la Flandre une effroyable détresse. Ce pays de grandes villes et de grande industrie qui, ainsi que l'écrivait jadis Gui de Dampierre à Philippe le Bel, ne pouvait se suffire à lui-même et vivait de l'étranger (3), se sentit menacé d'une ruine prochaine. Les ouvriers de la draperie n'ayant d'autres ressources que leur salaire journalier furent dtteints les premiers, et, dès que les métiers cessèrent de battre, on les vit, semblables aux bouilleurs de nos jours aux époques de grandes grèves, se répandre par groupes à travers la contrée, cherchant à tromper leur désœuvrement et mendiant du pain dans les fermes. Leurs bandes affamées parvinrent jusqu'au Tournaisis et s'enfoncèrent assez avant en France, annonçant au loin l'intensité de la crise que traversait le comté (4).

Les « trois villes » cherchèrent tout de suite des remèdes à une catastrophe si soudaine. Elles n'ignoraient pas que le comte, qui l'avait provoquée, pouvait aussi la faire cesser. Durant toute l'année 1337, elles ne cessent de parlementer avec lui, « onime raede eiide wech te vindene over de neringhe (5) ».

(i) Hohlbaum, Hansisches Urkundenbuch, t. II, p. 264 (Halle, 1879).

(2) Rymer, op. cit., t. II, 3» partie, p. 161.

(3) Voy. le tome I de cet ouvrage, (2* édit.), p. 242

(4) « In magnam paupertatem inciderunt, ita ut multi mendicarent insimul Tornaco et in aliis multis villis Franciae ». Chronographia regum Francorum, éd. H. Moranvillé, t. II, p. 44 (Paris, 1893). — La misère poussa de nouveau les tisserands à aller briser les métiers à tisser autour de la ville {Rekeningen der stad Gent, i336-i349, t. I, p. bj). Ils provoquèrent aussi des émeutes, car on en décapite et on en torture en 1 336-37 {Ibid , p. 8î>, 88). Pour alléger les souffrances des artisans, la ville leur fait distribuer de l'argent : 4000 livres aux 24 wijken des foulons et 4000 livres aux 59 petits métiers {Ibid.,p. 24).

(5) On retrouve continuellement cette expression dans les Rekeningen der stad Gent depuis le 23 mai i337.

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