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LA POLITIQUE DE NEUTRALITE

fut acclamé comme le sauveur du pays et s'acquit une popularité colossale. Le peuple, dit un chroniqueur, le considéra comme un Dieu (i).

Que pouvait, tombant au milieu de l'enthousiasme populaire, l'interdit que le roi de France fit jeter sur la Flandre (2) ? Pour ramener les villes sous l'obéissance du comte et les forcer à rompre avec l'Angleterre, il eût fallu une guerre, mais une guerre eût inévitablement amené leur alliance avec Edouard, et, en ouvrant le comté à celui-ci, lui eût fourni contre la France une admirable base d'opérations. Philippe de Valois vit clairement le péril. Pour y parer, il changea de tactique. Il poussa le comte à se réconcilier avec ses sujets (5 mai) et à se mettre ainsi en mesure de surveiller leurs menées (3). Lui-même d'ailleurs se déclara prêt à traiter avec Gand. Il savait que la ville ne cherchait qu'à rester neutre dans le grand conflit qui allait éclater entre la France et l'Angleterre, et que, si elle n'entendait pas se brouiller de nouveau avec celle-ci, elle ne songeait nullement à prendre les armes pour elle. Limitant sa politique aux seuls intérêts du commerce, ce qu'elle voulait, mais ce qu'elle voulait obstinément, c'était un modus viveridi qui écartât à tout jamais le retour de la crise dont on venait de sortir. Force fut bien au roi d'accepter cette situation pour en éviter une pire. Il prit le parti de reconnaître la neutralité de la Flandre, si Edouard III agissait de même. Au mois de juin 1338, Gand, au comble de ses vœux, reçut à quelques jours d'intervalle les lettres par lesquelles les deux souverains s'engageaient à laisser les Flamands commercer librement dans leurs États et dans ceux de l'adversaire, et à ne pas faire traverser le comté par leurs armées (4). La politique de neutralité que la grande industrie imposait à la Flandre, cette politique dont jadisGui deDampierre et Robert deBéthune s'étaient

(1) « Dicebatur quod ipse esset Deus qui descenderat ad salvandum eos. » Chronographia regicm Francorum, t. Il, p. 54.

(2) Gilles Le Muisit, Corpus Chron. Flandr., t. H, p. 219.

(3) Rekeningen der stad Gent, t. I, p. i83.

(4) La lettre d'Edouard est datée du 10 juin i338 (Rymer, Foedera,\. II, 4" partie, p. 26); celle de Philippe de Valois du i3 du même mois (Froissart, Chroniques, éd. Kervyn de Lettenhove, t. XVI II, p. 62).

faits les organes, triomphait cette fois malgré le prince, grâce à l'initiative d'une ville.

Malheureusement cette neutralité si désirée ne pouvait se maintenir (i). Philippe de Valois et Louis de Nevers n'y avaient consenti que faute de pouvoir l'empêcher, et quant à Edouard, s'il s'en contentait provisoirement, ce n'était qu'avec l 'arrière-pensée d'y substituer bientôt une alliance déclarée avec l'Angleterre. Les traités du mois de juin établissaient d'ailleurs en Flandre une situation trop anormale pour qu'elle put durer. Tout en reconnaissant aux villes la liberté de commercer pendant la guerre avec les deux belligérants, elle réservait les obligations féodales du comte envers la France, de sorte que la politique du prince et celle de ses sujets se trouvaient désormais en opposition complète. Les Gantois comprirent fort bien que si le comte prenait part à la lutte entre les Valois et les Plantagenets, le pays y serait nécessairement entraîné, et ils résolurent d'empêcher une catastrophe qui eût remis en question tous les avantages obtenus par eux. Pendant les séjours qu'il fît en Flandre à partir de l'été 1338, ils réduisirent Louis de Nevers à une condition analogue à celle de Louis XVI pendant la révolution française. Leur puissance était trop grande, leur ascendant en Flandre trop bien affermi, pour que le comte put songer à la résistance. Il feignit d'avoir en eux une entière confiance : au mois de septembre, lors de la grande procession de Tournai, où les Gantois envoyaient chaque année une nombreuse députation, il se montra dans leurs rangs et revêtit leurs couleurs, comme le roi de France coifita, en 1792, le bonnet phrygien (2).

Il crut qu'en obtenant de nouvelles concessions de Philippe de Valois, il pourrait secouer la tutelle qu'on lui imposait et détacher la Flandre de l'Angleterre. A la fin de janvier 1339, il parvint à le décider à l'abolition définitive des odieuses obligations que la paix d'Athis imposait au comté. Non seulement le roi abandonnait tout ce qui lui était dû encore du chef des

(1) Vanderkindere, Le siècle des Artevelde, p. 36, est du même avis. (3) Gilles- Le Muisit, op. cit., p. 220. Cf. Chronographia regum Francorum, t. H, p. 56.

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