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CONCESSIONS DE PHILIPPE DE VALOIS

amendes, mais il renonçait aussi au contingent de 600 hommes d'armes que les Flamands devaient lui fournir en cas de guerre. Un tel .sacrifice indique clairement combien étaient pressante l'inquiétude que la conduite des Gantois inspirait à la couronne. Le texte même des lettres royales est plus caractéristique encore. Le roi affecte de ne voir dans les Flamands que des gens « rudes, simples et ignorants » qu'il faut ramener par la douceur ; il évite manifestement de les qualifier de rebelles, il insiste longuement sur sa « libéralité » à leur égard et sur ses « grâces et bienfaits si grans et tels que il n'est mémoire à présent que aucuns de nos prédécesseurs leur aient faits les semblables » ; enfin, en des termes que sa chancellerie n'avait jamais employés jusqu'alors, il proteste qu'il n'entend pas « s'enrichir de leurs biens » et qu'il ne désire que leur « bon déportement » et leur amitié ( i ) .

Cette capitulation et ces bonnes paroles venaient trop tard. Au moment où le diplôme royal fut expédié, Edouard se trouvait depuis six mois à Anvers, et il n'épargnait rien afin de décider les Flamands à se prononcer pour lui.

Les concessions de Philippe de Valois, qu'ils interprétèrent sans doute comme une preuve de faiblesse, durent les rendre plus accessibles encore aux promesses et aux sollicitations du monarque anglais. A la veille de la grande guerre qui allait éclater, on se rappelait de vieilles prophéties annonçant la victoire définitive de la Flandre sur la France (2) ; les souvenirs de la bataille de Courtrai exaltaient les esprits, des sentiments anti-français se répandaient dans le peuple, et il n'était pas jusqu'aux exhortations que l'empereur adressait de loin aux trois villes, qui ne leur fissent croire que le moment approchait d'un vaste conflit de toutes les nations thioises contre la « walsche longue (3) ». Ainsi, à mesure que le temps s'écoulait, le prestige de la France diminuait aux yeux des Flamands, celui de l'Angleterre s'augmentait d'autant, et les partisans de la neutralité, jadis si ardemment souhaitée,

(i) Gilliodts Van Severen, Inventaire des archives de Bruges, t. I, p. 488.

(2) Chron. Comit. Flandr., Corpus Chron. Flandr., t. l,p. i83.

(3) Diegerick, op. cit., t. H, p. 107. ,

devenaient de jour en jour moins nombreux et moins résolus.

Il ne faut pas oublier enfin, que Gand voyait dans l'Angleterre la garante du maintien de son prestige en Flandre. Il était évident, en effet, que toute augmentation de l'influence anglaise dans le comté se traduirait par une augmentation correspondante de l'influence gantoise, et tout indique que l'idée d'une alliance formelle avec Edouard doit s'être présentée dès le commencement de 1339 à l'esprit d'Artevelde.

Il hésita pourtant jusqu'à la fin de l'année avant de se décider à une démarche dont il ne pouvait se dissimuler la gravité. Les Flamands ne prirent aucune part à l'expédition stérile entreprise en France par Edouard au mois d'octobre. Mais c'est justement l'insuccès de cette inglorieuse campagne qui provoqua leur entrée dans le camp anglais. Le roi venait de se convaincre que les forces dont il disposait étaient insufiîsantes, et il rentrait à Anvers bien résolu à tout faire pour obtenir enfin de la Flandre une adhésion sans réserve à sa politique. Le 13 novembre 1339, il entreprenait auprès de Louis de Nevers une démarche suprême, lui offrant pour la quatrième fois la main d'une princesse anglaise pour son fils, et s'engageant à rendre à la Flandre ses anciennes limites (i). Mais Louis n'hésita pas à sacrifier à son loyalisme les intérêts les plus évidents de sa dynastie. Il ne voulait pas recevoir de la main de l'Anglais ces villes de Lille et de Douai dont Robert de Béthune en mourant espérait encore le retour à la maison de Dampierre. Et craignant sans doute, s'il restait dans le comté, d'être contraint par les Gantois de se plier à leur volonté, il prétexta une grave maladie de la comtesse et partit pour Paris (2), préférant perdre son héritage plutôt que d'être compromis dans les événements qu'il prévoyait, et abandonnant la Flandre à la politique d'Artevelde.

C'est à ce moment, en effet, que s'ouvre vraiment le rôle personnel du capitaine gantois. Jusqu'ici il s'est plutôt laissé dicter sa conduite par les événements, qu'il ne les a dirigés.

(1) Rymer, Foedera, t. Il, 4* partie, p. 55.

(2) Chronographia regum Francoriim, t. II, p. 89.

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