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LA POLITIQUE PERSONNELLE D'ARTEVELDE III

Si la reconnaissance de la neutralité flamande entre la France et l'Angleterre a sans doute été négociée par lui, elle s'imposait tellement au sortir de la crise industrielle, elle se rattachait d'ailleurs si directement à la politique traditionnelle du comté, qu'il n'est guère possible d'y voir l'œuvre d'une initiative individuelle. Mais il en est tout autrement de l'alliance avec Edouard. Quelles que fussent la défiance et l'inimitié de la Flandre à l'égard de la France, rien ne rendait une rupture inévitable. Rien surtout, depuis que les relations commerciales avaient été rétablies, ne poussait les Flamands à se solidariser avec l'Angleterre, dont les habitants, par surcroît, leur étaient depuis toujours fort antipathiques (i). Depuis l'abolition des dernières conséquences de la paix d'Athis, on ne voit pas d'ailleurs quel avantage ils pouvaient trouver dans une nouvelle guerre contre leur suzerain. Sans doute, Lille, Douai et Béthune restaient acquis à la couronne, mais ce n'est certainement pas le désir de les récupérer qui a inspiré Artevelde, car on ne voit pas qu'il ait rien tenté pour les reprendre. Une seule explication s'offre à sa conduite. Il faut la considérer comme une tentative hardie de donner à Gand, au moyen de l'appui de l'Angleterre, l'hégémonie de la Flandre, et de lui assurer, parmi les autres villes, une place analogue à celle que Berne, un peu plus tard, s'assurera parmi les cantons suisses. Bref ce sont, à notre sens, des considérations de politique urbaine qui ont déterminé la politique étrangère d' Artevelde. L'ascendant personnel dont il jouissait, non moins que la puissance de la grande commune à la tète de laquelle il se trouvait placé, rendirent possible pendant quelque temps la réalisation d'un plan qui ne manque ni de grandeur ni d'héroïsme, mais dont le succès définitif était impossible.

La fuite du comte précipita les événements. Artevelde fit tout de suite nommer un Ruwaert pour exercer le gouvernement en l'absence du prince. A la différence de ce qui s'était passé en 1327, on n'offrit plus cette fois ces fonctions à un membre de la maison comtale. Les Gantois les conférèrent à

(1) Voir à ce propos un passage caractéristique du chroniqueur anglais Walsingham, Historia anglicana, éd. Riley, t. I, p. Sgg (Londres, i863).

un homme nouveau qui ne devait être d'ailleurs qu'un instrument entre leurs mains : à Simon Van Halen. Ce Simon appartenait à l'une de ces familles de banquiers lombards — les Mirabello — si nombreux en Flandre à cette époque. De fructueuses opérations d'usure lui avaient valu une fortune considérable : il avait été élevé à la chevalerie et avait épousé une sœur naturelle du comte (i). Son dévouement à l'Angleterre ne contribua sans doute pas moins que ses richesses à le recommander au choix d'Artevelde. Et rien ne caractérise mieux l'esprit dont s'inspirait la politique urbaine que cette élévation d'un banquier au gouvernement du pays.

Il est d'ailleurs plus instructif encore de constater que c'est par un traité de commerce que Gand préluda à son alliance définitive avec l'Angleterre. Le 3 décembre 1339, la Flandre et le Brabant, considérant que « chil deus pays sont plein de communauté de peuple ki soustenir ne se peuvent sans marcandise » s'unissaient étroitement l'une à l'autre, promettaient de s'aider mutuellement en cas d'attaque, de garantir la liberté des relations commerciales, de frapper une monnaie commune, et d'établir un conseil d'arbitrage chargé de terminer pacifiquement toutes les contestations qui pourraient surgir entre les contractants (2).

Quelques semaines plus tard, le Hainaut adhérait à ces stipulations (3). Bien que le nom du comte de Flandre figure encore dans ce traité, on ne peut hésiter à le considérer comme l'œuvre d'Artevelde. Sur le point de rompre avec la France, le capitaine gantois voulut s'assurer de la coopération du Brabant et compenser, par des avantages économiques de ce côté, les pertes que l'interruption du trafic avec le royaume

(1) Sur ce personnage, qui avait déjà rendu comme banquier d'importants services au roi d'Angleterre, voy. l'article « Mirabello » par M. de Pauw, au t. XIV, col. 869 et suiv., de la Biographie nationale. La ville de Gand comptait probablement, elle aussi, sur son assistance financière. En 1344-45 il lui avança en une seule fois wj'i'iWvvtsi^Rekeningen^x.. II, p. 352). La Chroniqite de Saint- Trond {éd. de Borman, t. II, p. 309) l'appelle « usurarius maximus ». Gilles Le Muisit [loc. cit., p. 266) en parle comme d'un « homo potentissimus et in quo Flaminghi summopere confidebant ».

(2) Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre, t. III, p. 586.

(3) Rekeningen der stad Gent, t. I, p. 417.

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