LE TRAITE DE 1 339 II
allait évidemment entraîner. Il n'est pas moins sûr qu'il entrait entièrement aussi dans les vues du roi d'Angleterre qui le vit avec joie unir en un solide faisceau ses anciens alliés lotharingiens à ses nouveaux alliés de Flandre. Il importe pourtant de ne s'exagérer ni l'importance, ni l'originalité de l'acte de 1339. Entre les divers territoires des Pays-Bas, l'intensité des relations commerciales avait déjà fait surgir auparavant des conventions analogues, et l'idée de l'unification du système monétaire et de la constitution de cours arbitrales pour la juridiction des différends interprovinciaux n'apparaît pas alors pour la première fois (i). A mesure que grandissait leur vitalité économique, les petits Etats de la Belgique s'unissaient plus étroitement les uns aux autres, et, dans la longue série de leurs traités, celui-ci n'apparaît que comme un chaînon de plus. S'il diffère de ceux qui l'ont précédé, c'est seulement par le rôle considérable qu'il attribue aux villes.
L'alliance de la Flandre avec le Brabant et le Hainaut équivalait à une déclaration de guerre à la France. Artevelde dévoilait ouvertement ses projets. Dès la fin de 1339^ il parlait de détruire Calais, « le mais ni, disoit-il, de ceux qui roboient les marchans et mettoient à mort (2) ». Sous le couvert de l'impuissant Van Halen, il gouvernait désormais le comté en véritable dictateur. Dédaigneux d'ailleurs des apparences du pouvoir, il lui suffisait d'en posséder la réalité. Il se contentait de son titre de hooftvian de Saint-Jean, et son nom n'apparaît nulle part dans les actes officiels de l'époque. A Gand même, il ne se distinguait de ses collègues des autres paroisses que par le taux un peu plus élevé de la pension annuelle qu'il recevait de la ville et par le nombre des knapen qui formaient sa garde. Mais personne n'ignorait que sa volonté dirigeait les événements. Le bailli de Calais, plein d'inquiétude, chargeait des
( 1 ) Voy.par exemple le traité de 1 304 entre la Flandre et le Brabant (F. De Potter), Petit cartitlaire de Gand, p. 26 [Gand, i885]), le traité de i328 entre le Brabant, le Hainaut et la Hollande (Van Mieris, Charterbroek der graven van Holland, t. 11, p. 465), le traité de 1 337 entre le Brabant et la Flandre (Brabantsche Yeesten, t. 11, p. 441).
(2) A. Guesnon, Documents inédits sur l'invasion anglaise et les États au temps de Philippe VI et de Jean Le Bon, p. 19 (Paris, 1897).'
espions de s'informer de ses moindres actes et de lui rapporter ses paroles ( i ) .
Ce ne fut point seulement la puissance de Gand, ce fut surtout la confiance d'Edouard III qui valut à Artevelde cet irrésistible ascendant. Il apparaissait aux Flamands comme le confident et l'intime ami de ce roi d'Angleterre qui pouvait d'un mot ruiner leur industrie renaissante, dont les trésors semblaient inépuisables, dont on racontait avec admiration que les escarboucles de sa couronne jetaient un tel éclat qu'elles dissipaient, comme une lampe, l'obscurité de la nuit (2). Entre les deux hommes, s'était établie une entente si cordiale qu'il est impossible à l'historien de démêler, dans leur conduite commune, la part d'initiative qui revient à chacun d'eux. Qui nous dira jamais si c'est Artevelde qui, s'inspirant de l'exemple de Guillaume De Deken (3), poussa Edouard à prendre le titre et les armes du roi de France, ou si c'est Edouard lui-même qui le premier conçut ce projet? Quoi qu'il en soit, ce sanglant outrage à Philippe de Valois s'accomplit sur le marché de Gand, le 26 janvier 1340. Le monarque anglais reçut solennellement, comme héritier légitime de saint Louis, le serment des échevins des trois villes, et, la main sur la bible, jura de maintenir les droits et l'indépendance du peuple de Flandre (4). On peut mesurer, aux promesses dont Edouard paya cette adhésion irrévocable à sa politique, la force des hésitations et des répugnances qu'il lui fallut vaincre pour l'obtenir. Il acheta sans marchander son titre de roi de France. Il s'engagea à rendre au comté la Flandre wallonne et même l'Artois, à faire forger une monnaie coursable en Angleterre, en France, en Brabant et en Flandre, à placer l'étape des laines à Bruges, à entretenir des navires de guerre chargés d'assurer la liberté du commerce, à exempter de taxes la vente des « draps rayés » dans ses États, enfin à fournir aux trois villes 140,000 livres
(1) Guesnon, op.aY., p. 18.
(2) Brève chronicon Flandriae, Corpus Chron. Flandr., t. III, p. 8.
(3) Voy. plus haut, p. 88.
(4) H. Pirenne, Documents relatifs à l'histoire de Flandre pendant la première moitié du XlVe siècle. Bullet. de la Commission royale d'Histoire, 5' série, t. VII [1897], p. Soetsuiv.