‹ Histoire de BelgiqueChapitre 53 sur 203 · EDOUARD III ROI DE FRANCE I · texte numérisé non relu

EDOUARD III ROI DE FRANCE I

sterling de subsides (i). Pour achever de se concilier ses nouveaux sujets, il séjourna à Gand pendant plusieurs semaines. C'est de là que sont datés ses manifestes aux Français (2), et la ville ne manqua pas, de son côté, d'entreprendre d'activés démarches auprès des communes de la Flandre wallonne et de l'Artois, pour les amener à le reconnaître comme leur « droit roi et naturel seigneur (3) », Il ne quitta le comté que le 1 9 février, pour aller réunir en Angleterre des troupes et de l'argent, laissant la reine sous la protection d'Artevelde et de ses fidèles Gantois. Philippe de Valois cependant faisait jeter de nouveau l'interdit sur la Flandre, tandis que le pape suppliait vainement les trois villes et Edouard lui-même de renoncer, dans leur propre intérêt, au pacte qu'ils venaient de conclure (4).

La Flandre fut témoin, quelques mois plus tard, du premier de ces grands désastres militaires dont la France fut si souvent victime pendant la guerre séculaire qui venait de débuter. Le 24 juin 1340, Edouard revenant d'Angleterre détruisit presque entièrement la flotte française embossée dans le golfe du Zwin. Les Flamands, dépourvus de vaisseaux de guerre, durent se contenter d'achever au moyen de barques, le soir venu, la déroute de l'ennemi (5). Une victoire si éclatante faisait bien augurer de l'avenir. Elle remplit de confiance les alliés d'Edouard et renforça chez eux les sentiments de race que l'ouverture des hostilités avait éveillés.

On fut pourtant moins heureux sur terre. Après l'échec d'une expédition anglo-flamande contre Saint-Omer, le roi, le duc de Brabant, le comte de Hainaut et Artevelde unirent leurs forces contre Tournai. Pendant plusieurs semaines, la ville fut étroitement bloquée sur les deux rives de l'Escaut. C'est pendant ce siège que l'influence d'Artevelde atteignit à son apogée, et il semble bien n'avoir pu résister alors aux entraî-

(1) Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre, t. III, p. 6o3 et suiv.

(2) Rymer, Foedera, t. II, 4» partie, p. 64, 67.

(3) Guesnon, 0/7. cit., p. ii.

(4) Riezier, Vatikanische Akten, p. j^5,j^g, j5i.

(5) C. de La Ronciére, Histoire de la marine française, t. I, p. 444 et suiv. (Paris, 1899).

Il6 GUERRE DE CENT ANS ET J. VAN ARTEVELDE

nements de l'orgueil. Grisé par la puissance de l'armée gantoise qui lui obéissait passivement, il prétendit imposer sa volonté aux autres confédérés. De la tente qu'il occupait au centre de ses troupes, et où un texte nous le montre appuyé sur sa pique, interrogeant un prisonnier et le faisant mettre devant lui à la torture (i), il voulut diriger toutes les opérations. Si Edouard supportait patiemment cette attitude, il n'en était pas de même du duc de Brabant qui menaça bientôt de quitter le siège et n'y fut retenu que par les supplications du roi. Elle ne manqua pas non plus, sans aucun doute, d'aggraver l'antipathie que se portaient mutuellement les Flamands et les Anglais, Enfin, les patriciens brabançons ne pouvaient subir sans froissement le contact des gens de métier qui formaient la plus grande partie de l'armée d'Artevelde. Ils ne tardèrent pas d'ailleurs à être rappelés dans leurs villes par la nouvelle que les tisserands et les foulons profitaient de leur absence pour préparer une insurrection (2). Ainsi la mésintelligence et des défiances réciproques s'emparèrent bientôt des assaillants. La résistance de Tournai ne faiblissait pas. Il fallut se résigner à traiter. Le 25 septembre 1340, la trêve d'Esplechin suspendit pour un an les hostilités entre la France et l'Angleterre. Tout ce que la Flandre y gagna fut l'abolition du droit que les rois de France possédaient, depuis le traité de Melun (1226), de la faire excommunier quand elle s'insurgeait contre eux.

L'échec du siège de Tournai dut porter au prestige d'Artevelde un coup très sensible. Le retour d'Edouard en Angleterre et bientôt après le rapprochement du duc de Brabant et du comte de Hainaut avec la France, rendirent sa position encore plus difficile. Mais c'est surtout par la tournure que prirent les événements en Flandre même qu'elle se trouva gravement compromise. La prépondérance exclusive de Gand dans le pays n'avait pas été sans provoquer d'énergiques résistances. Bruges la supportait impatiemment. Dès 1339, ses courtiers, que l'augmentation constante du commerce maritime

(1) G. Des Marez, Un document inédit relatif à Jacques Yan Artevelde. Bullet. de la Commission royale d'Histoire, 5* série, t. VIII [1898], p. 3o5. {2) Brabantsche Yeesten,tA,-ç.%2i.

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