EDOUARD III ET LOUIS DE MALE
tisserands, marchands, foulons et petits métiers, n'hésitèrent pas à s'unir contre eux et combinèrent leurs efforts avec ceux des petites villes et des gens du plat-pays. Quelle que fût la diversité de leurs tendances et de leurs intérêts, ils se rallièrent sur un programme commun : le rétablissement du gouvernement légal, c'est-à-dire le retour du comte et la restauration de ses prérogatives souveraines. Louis de Nevers ne chercha pas énergiquement à profiter de ces dispositions. Retenu presque continuellement en France dans les armées royales, il ne risqua du côté de la Flandre que quelques tentatives mal conduites et qui échouèrent. Le 26 août 1346^ il trouvait la mort en combattant à Crécy sous les drapeaux de ce Philippe de Valois auquel il avait tout sacrifié sauf l'honneur féodal .
Cette mort comblait les vœux du roi d'Angleterre. Edouard, en effet, ne se contentait de l'alliance des villes flamandes que faute de pouvoir obtenir celle de leur prince (i). L'adhésion du comte, en légitimant d'une manière éclatante ses prétentions à la couronne de France, eût été à ses yeux singulièrement plus précieuse que celle d'Artevelde, et il n'avait cessé de négocier avec Louis de Nevers qu'après s'être enfin rendu compte de l'inutilité de ses démarches. Mais libre d'obligations envers Philippe de Valois, Louis de Maie serait sans doute plus conciliant que son père. Il était permis d'espérer qu'il consentirait à prêter le serment que celui-ci avait toujours refusé avec horreur, et que son mariage avec une princesse de le maison des Plantagenets, vainement proposé cinq fois de suite, allait enfin se conclure (2). De leur côté, les tisserands
(i) Voy. à cet égard la lettre donnée par Edouard le ig juillet i345. Il y déclare que malgré les refus obstinés opposés par Louis de Nevers à toutes ses propositions : (c à quel heur que il viègne devers nous et nous face hommage et foialté et ce qu'il nous devra faire comme à son seigneur lige roi de France nous le recevrons gracieusement, et nous grantons que les bonnes gents de Flandres puissent lors recevre de mesmes celui comte quant il sera venu par devers nous comme dessus est dit, et sa femme et ses enfants, respectants à luy comme à leur seigneur immédiat comte de Flandres ». Froissart, Chroniques, éd. Kervyn de Lettenhove, t. IV, p. 470.
(2) Le igavril i337(Rymer, Foe</^ra, t. II, 3«partie, p. i63), le 3 octobre 1 337 {Ibid., p. 190), le 12 novembre i338 {Ibid., 4» partie, p. 37), le i3 novembre i33g (ibid., p. 55), le 4 janvier 1340 {Ibid., p. 62).
gantois ne pouvaient manquer de se prononcer pour leur prince légitime s'il faisait hommage à Edouard, et ils comptaient, vu son jeune âge^ l'y amener facilement et le soumettre sans peine à leur influence. Ainsi ceux-là mêmes qui s'étaient opposés le plus opiniâtrement à la réconciliation avec Louis de Nevers, se montraient tout prêts à accueillir son fils, dont l'arrivée en Flandre fut saluée avec allégresse par tous les partis.
Si Louis de Maie devait plus tard pratiquer une politique d'intérêts qui le fit rompre avec la France, on ne s'étonnera pas cependant qu'il n'ait pu se résigner à épouser une fille d'Edouard III si peu de temps après la bataille de Crécy. Sa résistance était encouragée d'ailleurs par le duc de Brabant qui, réconcilié avec Philippe de Valois et décidément maître de Malines, cherchait lui aussi, à l'allier à sa maison. Lorsqu'il s'aperçut que les Gantois voulaient lui forcer la main et le contraindre à des fiançailles avec Isabelle d'Angleterre, Louis quitta précipitamment le comté.
Plus le retour du comte avait rempli d'espoir les adversaires des tisserands, plus son départ augmenta la haine dont ce parti était l'objet. La domination de la weverie dans les grandes villes, l'hégémonie de Gand sur le plat-pays devinrent de plus en plus odieuses : elles aboutirent en 1348 à la guerre civile. Le Franc de Bruges se soulève en faveur du prince. Audenarde, Grammont, Termonde, lui ouvrent leurs portes ou reçoivent de lui des garnisons. A Bruges, les tisserands sont assaillis par les autres métiers, désarmés, massacrés en grand nombre. Ceux d'Ypres éprouvent bientôt le même sort (i). Gand seul tient encore contre le reste de la Flandre, Le pillage des abbayes, la confiscation des revenus du comte, l'emprunt forcé, lui constituent un trésor de guerre, et la passion démocratique lui inspire cet héroïsme farouche qui, si souvent depuis lors, émerveilla ses ennemis. Bloqué de toute part, affamé, décimé par la peste noire, il ne songe pas à se rendre, et son capitaine jure de n'avoir d'autre cimetière que
(1) Brève Chronicon Flandriae, Corpus Chron. Flandr., t. III, p. 20; Le Muisit, Ibid., t. II, p. 282 et suiv. ; Chron. Cotnit. Flandr. Ibid., t. I, p. 224 et suiv.