LA DÉFAITE DES GANTOIS
le grand marché (i). Enfin, le 13 janvier 1349, un parti de chevaliers et de bourgeois émigrés parvient à pénétrer dans la ville, engage une lutte inégale avec les tisserands affaiblis par la disette, les taille en pièces, les culbute dans l'Escaut et achève ainsi la soumission de cette Flandre qui, dit Gilles Le Muisit « avait troublé si longtemps non seulement les royaumes de France et d'Angleterre, mais toute la chrétienté (2) ».
Louis de Maie n'imita pas la conduite de son père après la bataille de Cassel. S'il y eut de nombreux supplices, du moins, les privilèges du pays furent-ils maintenus. Les tisserands toutefois se virent traités rigoureusement. On ne se contenta pas de les dépouiller de la prépondérance qu'ils avaient exercée dans les villes pendant les dernières années. A Gand, le zveversgeld fut rétabli (3) ; à Bruges, on les soumit à une surveillance étroite. Plusieurs d'entre eux préférèrent de quitter le pays plutôt que d'accepter le régime qui leur était imposé. Le roi d'Angleterre se hâta de leur donner asile, et les comtés de Kent et de Suffolk, où ils s'établirent en grand nombre, devinrent le siège d'une industrie dont la Flandre devait éprouver un demi-siècle plus tard la redoutable concurrence.
Les ravages de la peste noire firent plus encore que la victoire du comte pour le rétablissement de la paix. Les haines subsistèrent ardentes dans les âmes, mais au milieu de la calamité déchaînée sur le pays, dans les villes dépeuplées par le fléau, l'énergie manqua pour continuer la lutte. L'épidémie, pour quelque temps du moins, suspendit la guerre civile.
(1) l.e Muisit, op, cit., p. 288.
(2) Ibid., p, 290.
(3) le compte de Gand de 1348 débute par rappeler que « waerd de weverie som ghesleghen, verdronken ende tonder gedaen » [Rekeningen, t. III, p. 320). On rétablit ensuite le weversgeld, c'est-à-dire un impôt de 12 miten par semaine sur chaque tisserand. Il dura jusqu'en i354. V. Vander Haeghen, Inventaire des archives de la ville de Gand, p. i35 (Gand, i8q6). Cf. J. Vuylsteke. De goede Disendach. Annales du Cercle historique de Gand, t. I [1895], p. 9 et suiv.