CHAPITRE V
Jusqu'à la fin du xiii'' siècle, dans presque tous les territoires des Pays-Bas, le prince, de même qu'il dirige seul la politique à l'extérieur, forme à l'intérieur le centre et l'organe essentiel du gouvernement. Grâce à l'autonomie croissante dont il jouit à l'égard de son suzerain, il s'approprie de très bonne heure la plénitude des droits régaliens, rend son pouvoir strictement héréditaire, et, par l'établissement du droit d'aînesse, indivisible.
La grande rénovation économique du xii^ siècle favorise ses progrès. Il arrache ou il achète à ses vassaux, affaiblis par la diminution de leurs revenus, les « justices » qui dépendaient de leur fief, et, les réduisant au simple rôle de seigneurs locaux, cesse de partager avec eux l'autorité publique dont il est désormais l'unique détenteur. Les baillis qu'il nomme et qu'il paye se substituent partout aux châtelains de l'époque féodale. Par eux son influence rayonne en tous sens. Concentrée dans ses mains et déléguée à des fonctionnaires responsables devant lui seul, l'administration du pays échappe à toute ingérence étrangère. Par dessus les vieilles institutions coutumières, elle institue des règles et des principes de police qui présentent avec celles-ci un contraste analogue à celui que l'on observe, à l'époque franque, entre le droit royal des capitulaires et le droit des lois nationales.