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LA PAIX DE FEXHE

lier entre eux. Si elle ratifie l'évêque dans la possession de son altum doininmm, elle établit en revanche que ses officiers devront jurer, en entrant en charge, de « mener chacun par loi et sentence ». Le chapitre recevra les plaintes qui s'élèveraient contre eux, et si l'évêque, dûment requis de faire justice, ne s'exécute pas dans les quinze jours, tout le pays se mettra en insurrection. On réserve de plus au « sens du pays » de statuer dans l'avenir sur les coutumes, et d'amender celles qui se trouveraient « trop larges ou trop estroites ».

Ainsi faite, cette paix que l'on afficha solennellement aux yeux du peuple sur l'un des piliers de la cathédrale, était basée, comme le remarque judicieusement le chroniqueur Hocsem, sur une contradiction fondamentale. Pressés d'en finir, les deux partis en lutte y avaient fait consigner chacun ce qui lui tenait à cœur (i). On ne précisait pas la limite entre les « hauteurs » réservées à l'évêque et les « lois et usages » garantis aux sujets. Un résultat toutefois était acquis : la reconnaissance formelle et légale du partage du gouvernement entre le prince et le pays.

En réservant au chapitre le droit de porter devant l'évêque les réclamations du pays, la paix de Fexhe lui reconnaissait encore une situation privilégiée vis-à-vis des deux autres ordres. Il ne devait pas, toutefois, la conserver longtemps. A mesure que la complication croissante de la vie sociale rendait plus nombreuses les fonctions du gouvernement, il devenait évident que celui-ci ne pouvait demeurer soumis à l'influence prépondérante d'un groupe ecclésiastique ayant un intérêt propre et des tendances particulières. Déjà en 13 12, les chanoines avaient dû défendre contre la noblesse leur pouvoir d'élire le mambourg, et ils ne l'avaient emporté que grâce à l'appui du peuple de Liège alors en lutte contre les « grands ». Les difficultés reparurent à la mort d'Adolphe de la Marck et elles se terminèrent cette fois par la défaite du chapitre. Il ne garda plus que la prérogative illusoire d'investir de sa charge le mambourg que les chevaliers et les villes désignaient à son choix.

(i) (c Fessae siquidem partes ambae quaelibet alteram, quicquid sibi placeret in charta, dummodo pax procederet, scribere permittebat ». Hocsem, loc. cit.

Privé de toute puissance militaire, le chapitre n'avait d'ailleurs aucun moyen de maintenir son ascendant au milieu des guerres perpétuelles qui désolèrent la principauté au xiv^ siècle. D'autre part, pendant cette période de conflit, il se divisa souvent en partis hostiles, les uns embrassant la cause de l'évêque, les autres celle du pays. Ces discordes intestines portèrent le coup de grâce à son influence déjà fort entamée. Peu à peu il se résigna à une décadence politique qu'il sentait fatale. Nous avons conservé un curieux discours où Hocsem n'hésite pas à reconnaître que les laïques savent mieux que les clercs ce qui convient aux intérêts temporels (i). Il arriva donc que le chapitre se retira graduellement de la vie publique pour se confiner de plus en plus dans la sphère de ses intérêts. S'il conserve la direction générale du clergé liégeois, s'il le représente seul dans les assemblées du pays, il intervient de moins en moins depuis 1 3 1 6 dans le gouvernement territorial. A la longue même il finit par se solidariser étroitement avec le prince.

Cet effacement du chapitre ne profita qu'aux villes. La noblesse, en effet, se trouvait incapable de prendre la place qu'il laissait vacante. Descendant pour la plus grande partie des anciens ministeriales de l'Eglise, de la milice féodale constituée par les évêques pour la défense de leurs domaines pendant la première partie du moyen âge, elle ne comptait pas un seul de ces riches barons que l'on rencontrait en si grand nombre dans la Flandre, le Brabant et le Hainaut. Les chevaliers dont elle se composait presque exclusivement, nous apparaissent comme des seigneurs de très médiocre importance, de mœurs grossières et de maigre fortune. Jacques de Hemricourt nous montre leurs terres et leurs maisons fortes éparpillées par la Hesbaye, entourées d'un mur si bas qu'un homme appuyé sur sa lance pouvait le franchir d'un bond (2). Cette chevalerie rurale ne professait d'ailleurs pour son suzerain épiscopal qu'un dévouement très tiède. Lors de l'invasion du

(1) Hocsem, op. cit., p. 476.

(2) Hemricourt, Miroir des nobles de la Hesbaye, éd. Salbray, p. 362 (Bruxelles, \6i3). Cet écrit est inestimable pour la connaissance des mœurs de la petite noblesse au XIV« siècle. C'est à lui que nous empruntons le plupart des détails qui suivent.

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