DE LA PAIX DE FEXHE A LA PAIX DES XXII I
pa3's de Liège par Henri de Brabant en 12 13, un très petit nombre de ses membres seulement avaient répondu à l'appel de Hugues de Pierrepont (i), et depuis lors on ne la vit jouer qu'un rôle très effacé dans l'histoire militaire de l'évêché. Ses sentiments batailleurs trouvaient à s'exercer d'une manière plus profitable au service des princes laïques. La guerre formait pour cette petite noblesse besogneuse une industrie lucrative et elle recherchait avidement les occasions de s'enrôler à l'extérieur. Elle allait combattre au plus offrant, non seulement dans les Pays-Bas, en France ou en Allemagne, mais en Angleterre et jusqu'en Italie. Très nombreuse encore au xiii*^ siècle, elle vit s'éteindre au siècle suivant la plupart des familles dont elle se composait.
Une querelle qui éclata en 1296 entre les sires d'Awans et de Waroux s'étendit bientôt à l'ensemble des lignages hesbignons, tous apparentés les uns aux autres. Pendant quarante ans, ils se détruisirent consciencieusement, un meurtre en amenant un autre et l'incendie d'un village appelant nécessairement des représailles. Lorsque enfin la « paix des lignages » (1335) (2) eut mis fin à cette « guerre d'amis », la chevalerie ruinée et saignée à blanc n'était plus que l'ombre d'elle-même. Vers 1398, au moment où Jacques de Hemricourt rédigea son « Miroir des nobles de la Hesbaye », elle ne comptait plus en tout qu'une cinquantaine de familles.
Le chapitre amoindri, la chevalerie plus que décimée, il ne restait dans le pays qu'un seul groupe en état de contrebalancer l'autorité du prince : c'étaient les villes (3). Moins jalouses les unes des autres que les villes flamandes parce qu'elles étaient moins puissantes, et d'ailleurs, par suite de la configuration géographique de l'évêché^ séparées par d'assez vastes espaces pour ne pas se gêner mutuellement, elles se maintinrent presque toujours en bon accord et adoptèrent la même ligne de conduite. Romanes ou « tixhonnes », elles se rangèrent sous
(1) Voy. le tome 1 de cet ouvrage (2« édit.), p. 214.
(2) Rormans, Ordonnances de la principauté de Liège, t. I, p. 225.
(3) Hemricourt, au début de son Miroir des nobles, constate combien la décadence de la noblesse a favorisé la puissance des villes.
la direction de leur capitale, leur « chef » et leur « mère », travaillant avec elle à étendre dans tous les domaines l'influence de la bourgeoisie et à lui soumettre entièrement le « sens du pays ».
Pendant les troubles qui éclatèrent naturellement dès qu'il fallut appliquer les stipulations de la paix de Fexhe, on aperçoit clairement l'étendue de leurs progrès. Ce sont leurs troupes qui combattent le prince, ce sont leurs maîtres à temps qui dictent les paix conclues avec lui. Il n'est guère douteux que ce soient elles qui aient poussé en 1324 à la constitution d'une commission de vingt personnes, chargée de réformer l'état du pays et dans laquelle huit sièges leur étaient réservés, tandis que l'évêque, le chapitre et la noblesse n'en avaient chacun que quatre (i). Et il est certain qu'elles proposèrent à la même époque de confier la connaissance de toutes les plaintes articulées contre les officiers seigneuriaux à un tribunal formé de six laïques, lequel eût possédé le pouvoir de rendre des sentences obligatoires pour le prince lui-même (2).
Évidemment suggéré par la création récente du conseil de Cortenberg en Brabant, mais s'imprégnant de tendances plus exclusives et plus radicales, ce projet caractérise parfaitement la politique urbaine. Il aurait eu pour résultat, s'il avait été adopté, de dépouiller le chapitre de son rôle de gardien de la paix de Fexhe et de soumettre entièrement l'exercice de la souveraineté princière à la volonté du pays. L'opposition obstinée de l'évêque le fit échouer pour le moment. Mais à travers les vicissitudes des troubles civils dont son rejet marqua le signal, les villes ne l'oublièrent pas. En 1343, elles arrivèrent à leurs fins. Il fut décidé cette année-là qu'un conseil de vingt-deux membres à vie, quatre chanoines et dix-huit laïques, serait adjoint à l'évêque, avec mission de recevoir toutes les plaintes formulées contre les fonctionnaires et de pourvoir au bon gouvernement du pays (3). Ce conseil se cooptant lui-même,
(1) Bormans, Ordonnances de la principauté de Liège, 1. 1, p. lyS.
(2) Hocsem, op. cit., p. Syg.
(3) Le texte de cette première paix des XXII est perdu, maison en connaît le contenu par Hocsem, o/>, czf., p. 468. Une lettre d'Adolphe de La Marck du jg juin 1343 (Bormans, Ordonnances, t. I, p. 247) nous apprend qu'il était daté du 6 juin.