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LA JOYEUSE ENTRÉE

manier toutes les sommes destinées à rembourser les emprunts contractés par le prince pour la défense du pays (i).

On le voit donc : par un curieux contraste, les étapes du développement constitutionnel qui se marquent dans la principauté de Liège par autant de conflits entre le pays et Tévèque, se déterminent en Brabant par les demandes de secours que le duc adresse à ses sujets. D'un côté^ la participation politique des sujets au gouvernement procède de la violence et s'inscrit dans des paix, de l'autre, c'est une série de chartes octroyées par le seigneur qui en ratifie les progrès. Les Liégeois s'attaquent directement à Valtiim domijihim de leur évêque ; les Brabançons se contentent de garanties qui enserrent l'exercice du pouvoir souverain dans des limites sans cesse plus étroites. Cette différence s'explique sans doute par la situation qu'ici et là les villes occupent en face du prince. Au lieu de s'insurger continuellement, à l'exemple des communes démocratiques de l'évèché, les grandes cités brabançonnes, gouvernées par une oligarchie de patriciens et de marchands, se gardent bien de rompre avec la dynastie qui les protège contre les artisans. D'ailleurs, la puissance de la noblesse les empêche d'arriver à cet ascendant exclusif dont jouirent leurs voisines. Les baenrotsen (bannerets) et les ridderen ou smalheeren (chevaliers) conservent à côté d'elles une portion considérable d'influence politique, et la divergence des intérêts maintient entre les deux ordres laïques un certain équilibre.

L'extinction de la lignée mâle de la dynastie brabançonne en 1355, fournit l'occasion d'asseoir sur une base solide le système constitutionnel qui s'était peu à peu dégagé depuis le commencement du XI v* siècle. Au moment do passer sous le gouvernement d'un prince étranger, Wenceslas de Luxembourg, mari de la fille aînée de Jean III, le pays, arrivé désormais à la pleine conscience de son individualité territoriale, fit ses conditions et exigea des garanties. Ici encore les villes prirent l'initiative. Quelques mois avant le décès du duc, elles s'allient les unes aux autres, décident de s'opposer à tout démembrement du duché, se promettent de contraindre le

(i) Lnyster van Brabant, loc. cit., p, 98.

gemee?t land à reconnaître le seigneur pour qui elles se prononceront, et de s'entr'aider mutuellement pour la conservation de leurs franchises et de leurs privilèges (i). Cette entente générale entre les bourgeoisies forme le prologue de la « Joyeuse Entrée » (blijde iiicomst). Elle indiquait à l'avance les clauses de cet acte célèbre, et avertissait Wenceslas de la situation qui lui serait faite au milieu de ses futurs sujets. Vis-à-vis de ce nouveau venu, le Brabant prend une attitude tout autre que celle qu'il a observée à l'égard de ses princes nationaux, revêtus du prestige de la tradition et dépositaires d'un pouvoir consacré par une possession séculaire. Il affecte de ne voir en lui qu'un prétendant, et c'est moyennant un contrat établissant pour l'avenir la nature et l'exercice de la souveraineté qu'il consent à l'accepter. En réalité, la Joyeuse Entrée, jurée par Wenceslas le 3 janvier 1356, revêt tous les caractères d'une capitulation (2).

Comme la paix de Fexhe, mais avec plus de clarté ef de précision, elle consacre les droits du pays vis-à-vis de ceux du prince, et les place sous la sanction d'un acte constitutionnel accepté par les deux parties. Ses stipulations principales établissent l'indivisibilité de l'Etat, l'admission des seuls Brabançons à tous les offices, l'obligation pour le duc de ne conclure d'alliance, de n'entreprendre de guerre, de ne frapper monnaie qu'avec le consentement du genieen land.

On entend sous ce nom, qui sera remplacé par celui de" Staeten au commencement du xv^ siècle, les trois ordres du pays : « prelaete, baenrotsen ende smalheeren, ende die stede?! van Brabant ». Après la Joyeuse Entrée comme avant elle, le rôle du premier demeura fort restreint et ne se manifesta guère qu'à l'occasion du vote des impôts. Quant aux deux ordres laïques, leur intervention gouvernementale ne cessa de grandir jusqu'au règne de Philippe le Bon. Sous le faible Jean IV, ils s'emparèrent même presque complètement de l'administration du duché et réduisirent le prince en tutelle. Il faut remarquer

(1) Luyster van Brabant, loc. cit., p, laS.

(2) Edm. Poullet, Histoire de la Joyeuse Entrée de Brabant et de ses origines (Bruxelles, i863).

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