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LE HAINAUT

d'ailleurs qu'à cette époque ce sont en réalité les villes qui gouvernent au nom des États. Débarrassées de l'oligarchie qui les dominait en s 'appuyant sur le duc, elles n'usent plus maintenant d'aucun ménagement à l'égard de celui-ci. Leur idéal politique s'inspire évidemment de l'organisation municipale qui fonctionne dans leurs murs. Elles prétendent soumettre le prince aux Etats, où leur volonté est toute-puissante, comme leurs bourgmestres et leurs échevins sont soumis eux-mêmes dans chacune d'elles au large conseil (breeden raed) de la commune. Ainsi, l'histoire constitutionnelle dans le Brabant comme dans le pays de Liège, s'achève d'une manière identique : par l'hégémonie des villes.

Parmi toutes les principautés des Pays-Bas, le pays de Liège et le Brabant sont les seuls qui possèdent, dès le xiv* siècle, des textes écrits donnant à leur régime constitutionnel la consécration légale. Ni le Hainaut, ni la Flandre ne nous présentent rien de semblable. L'établissement d'un modiis vivendi contractuel entre le prince et ses sujets a été inutile dans le premier et impossible dans la seconde, et, chez l'un comme chez l'autre, les motifs de cette divergence s'expliquent, une fois de plus, par la situation des villes.

A part Valenciennes, le Hainaut n'a vu se former, au moyen âge, aucun centre urbain de quelque importance. Cette contrée, à qui le xix^ siècle réservait un avenir industriel si brillant, présentait alors un aspect tout agricole. De belles campagnes recouvraient ses richesses minières ignorées et c'est à peine si, dans les endroits où le charbon affleure le sol, on avait ouvert quelques fosses d'extraction qui fournissaient du combustible aux habitants des alentours. Bien cultivé d'ailleurs, très fertile, largement défriché, parsemé de grandes fermes abbatiales et de nombreux châteaux, le comté contrastait par ses paysages aimables et son extérieur florissant, avec la pauvreté et la sauvagerie de l'Ardenne. Il fournissait aux régions voisines et

particulièrement à la Flandre une bonne partie des grains qu'elles consommaient. L'importance économique des classes rurales y dépassait de beaucoup celle de la population urbaine. Mons, Avesnes, Ath, Bouchain, Maubeuge, Binche, n'étaient en somme que de gros bourgs fortifiés dont l'industrie locale avait pour débouchés les campagnes environnantes. Leur population médiocre, composée d'artisans aisés et de petits rentiers, menait obscurément une existence provinciale. On n'y rencontrait ni ces distinctions sociales si tranchées, ni cette vie intense se traduisant par une agitation continuelle, que présentent les grandes cités drapières du Nord.

On comprend dans ces conditions que les bourgeoisies hennuyères n'aient pas pu jouer un rôle politique prépondérant. Leurs intérêts, limités à une sphère très étroite, ne les mettaient en conflit ni avec le prince, ni avec le clergé, ni avec la noblesse. Ce n'est qu'à partir du jour où le comte eut besoin de leurs subsides qu'il les appela à délibérer avec lui. Depuis 1338, les «journées » et les « parlements » où leurs députés assistent, tantôt seuls, tantôt avec ceux des autres ordres, vont se multipliant (i). Peu à peu, cette intervention du pays dans les affaires du territoire se régularise et s'impose par la coutume. La substitution d'une nouvelle dynastie à celle des d' Avesnes en 1345, a des résultats analogues à ceux que nous avons remarqués en Brabant lors de l'avènement de Wenceslas. Ce sont les trois ordres du pays qui reconnaissent pour princesse Marguerite de Bavière, qui exigent d'elle le serment de ne pas démembrer le territoire et qui s'imposent à elle, dès le premier jour, comme les représentants naturels et légitimes de celui-ci (2). Un arrangement tacite les amène ainsi à collaborer au gouvernement territorial. La tradition suffit pour garantir l'équilibre politique. Les villes se contentent du rôle qui leur est assigné à côté de la noblesse et du clergé. Elles ne cherchent pas à les dominer; elles cherchent moins encore à arracher au prince ses prérogatives souve-

(1) Voy. L. Devillers, Inventaire analytique des archives des Etats du Hainaut, t. I (Mons, 1884).

(2) L. Devillers, Cartulaire des comtes de Hainaut, t. II. p. 259.

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