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ROBERT DE BETHUNE ET LOUIS DE NEVERS

Avec Robert de Béthune, mort le 17 septembre 1322, disparaissait en Flandre le dernier représentant de la politique des Dampierre. Robert, en effet, était demeuré obstinément tourné pendant son long règne, vers le double but qu'avait poursuivi son père : maintenir vis-à-vis de la couronne l'indépendance féodale du comté et ruiner dans les Pays-Bas la maison d'Avesnes. S'il avait été contraint de signer la paix avec la France, s'il avait dû se résoudre, après tant de chicanes et tant de luttes, à abandonner Lille et Douai, il ne cédait qu'à la force et ne se résignait pas à considérer le fait accompli comme irrévocable. Il en donna une preuve caractéristique lorsqu'il choisit pour lieu de sa sépulture l'église de Saint-Martin à Ypres, ne voulant pas que son corps fût réuni à ceux de ses ancêtres dans l'abbaye de Flines, avant le retour à la Flandre de la région annexée (i). En acceptant la paix avec son suzerain, il comptait bien d'ailleurs se dédommager par une guerre victorieuse contre Guillaume d'Avesnes. Il avait eu soin de le faire exclure des arrangements de 1320, et l'on ne peut guère douter qu'il n'attendît depuis lors qu'une occasion de recommencer la lutte. Bien différente devait être l'attitude de son successeur. Avec celui-ci, la tradition se brise pour faire place à d'autres vues et à d'autres ambitions.

Les stipulations de 1320 avaient désigné comme héritier de Robert de Béthune son petit-fils Louis, qui venait déjà, par la mort de son père, d'entrer en possession du comté de Nevers (2). Il n'était âgé que de dix-huit ans au moment où il recueillit la succession de Flandre et rien ne l'avait préparé aux devoirs qu'elle lui imposait. Élevé à la cour de Paris depuis son enfance, il ne connaissait ni la langue ni les mœurs ni les intérêts de ses sujets. Ses conseillers avaient été formés par les ministres de Philippe le Bel. L'un d'entre eux

(1) E. Hautcœur, Cartulaire de l'abbaye de Flines t. II, p. 534 (Lille, iSyS).

(2) Il hérita de sa mère, en i325, du comté de Réthel.

même, l'abbé de Vézelay, était fils de ce Pierre Flotte, qui avait trouvé la mort à la bataille de Courtrai (i). Le roi avait eu soin de soustraire complètement Louis à l'influence de son père et de son grand-père et le but qu'il visait avait été atteint. Marié à une princesse royale (2), il se considérait comme un membre de la maison de France, comme un « Seigneur des fleurs de lys ».

Il ne faut pas s'étonner dès lors, si son règne ne fut qu'un long et tragique malentendu. Il arrivait en Flandre aussi peu fait pour gouverner ce pays que jadis Jacques de Châtillon et bien que, dans ce premier élan de loyalisme qui marque les débuts d'un nouveau règne, les grandes villes lui eussent ouvert joyeusement leurs portes, le conflit entre elles et lui était inévitable. Le peuple sentit bientôt qu'il avait pour prince un étranger. Il ne tarda pas à regretter le temps du « bon comte Robert » et le bruit se répandit même que Louis voulait échanger la Flandre contre le comté de Poitiers (3). Il faut reconnaître d'ailleurs que le roi, non content des garanties que lui offraient l'éducation et le caractère du nouveau comte, s'était empressé de lui faire sentir qu'il n'était qu'un instrument dans ses mains. Louis s'étant laissé inaugurer avant d'avoir prêté serment se vit rappeler durement sa dépendance par la confiscation provisoire du comté. D'autre part, les revendications portées contre lui devant la cour royale par son oncle Robert de Cassel et par plusieurs membres de sa famille qui réclamaient une part de l'héritage de Robert de Béthune, l'obligèrent, au moment même où il recevait cette humiliante leçon, à implorer la bienveillance du roi. Il n'en fallait pas tant pour lui ouvrir les yeux. Il comprit clairement qu'il n'avait de secours à attendre que de la couronne et ses efforts tendirent désormais, coûte que coûte, à s'en concilier la faveur. Le zèle qu'il mit à exiger le payement des amendes imposées à la Flandre par la paix d'Athis, fit éclater bientôt une terrible révolte. Au reste,

(1) Guillaume de fiangis, Chrcnicon, éd. Géraud, t. II, p, 5i (Paris, 1843).

(2) Marguerite, fille du roi Philippe V le Long.

(3; H.Vir&nne, Le soulèvement de la Flandre maritime de iSzS-iJzS p. 164, (Bruxelles, igoo).

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