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LA FLANDRE I

raines. Les trois ordres se font chacun leur place aux côtés du seigneur, et acquièrent le droit de voter l'impôt. Ainsi, sans qu'il ait été besoin de chartes ni de privilèges, leur volonté concourt désormais avec celle du prince. Leur droit, pour n'être fondé que sur la coutume, n'en est pas moins solide. A partir de 1391 (i), on les convoque régulièrement ensemble dans des « parlements » qui, désignés plus tard sous le nom d' « Etats », resteront, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, un rouage essentiel de la constitution territoriale du Hainaut.

Cet équilibre entre les trois ordres qui s'est établi en Hainaut, la prépondérance écrasante des villes l'a rendu impossible en Flandre. Ici les grandes cités, qui peuvent mettre sur pied des milliers d'hommes, qui dominent dans leurs châtellenies, subjuguent les villes secondaires, répandent par les campagnes leur bourgeoisie foraine, présentent une disproportion trop éclatante avec la noblesse et le clergé pour qu'elles consentent à amoindrir leur pouvoir en le partageant avec eux. Elles savent que la prospérité du pays repose sur leur industrie, que sa sécurité est garantie par leur puissance militaire, et elles exigent un rôle mesuré à l'influence qu'elles exercent. Dans l'État flamand, en vertu même du développement économique, elles occupent vis-à-vis des autres ordres une place comparable à celle que, dans chacune d'elles, les métiers de la draperie occupent vis-à-vis des autres métiers. Les intérêts du clergé et ceux de la noblesse ne peuvent prévaloir sur les intérêts urbains ou seulement se concilier avec eux. La vieille propriété domaniale et privilégiée sur laquelle ils reposent ne constitue, en présence de l'envahissement progressif du pays par la puissance municipale, qu'une digue impuissante et bientôt submergée. Par la bourgeoisie foraine, par l'intervention croissante des grandes villes dans le plat-pays, les prérogatives seigneuriales s'amoindrissent constamment sinon en droit, du moins en fait.

Il faut remarquer, d'ailleurs, qu'au cours du xiii^ siècle, le gouvernement comtal a singulièrement amoindri l'ascendant du clergé et de la noblesse. L'action des baillis, l'octroi des

(1) L. Devillers, Inventaire des archives des États du Hainaut, t. I, p. xxix.

chartes régionales qui unifient le droit et l'administration, leur enlèvent la meilleure partie de leur pouvoir, les soumettent à l'impôt, les empêchent de conserver intact leur caractère de classes et de corporations légales. Sous les règnes de Gui de Dampierre et de Robert de Béthune, ils n'apparaissent plus comme communautés distinctes. Le prince ne les mentionne plus à part lorsqu'il parle de ses sujets; il les confond, dans la langue officielle, avec l'ensemble de « ses gens et pays de Flandre » .

Cette action niveleuse du prince a naturellement profité aux villes. Le comte a travaillé pour elles et frayé la voie à leurs empiétements sur sa suzeraineté. Il est lui-même victime de sa politique monarchique, car en brisant la force de résistance du clergé et de la noblesse, en ôtant le contrepoids qui pouvait équilibrer la poussée des grandes communes, il s'est isolé en face d'elles, et, depuis le commencement du xiv^ siècle, sa situation devient singulièrement précaire.

Les villes, en effet, sont trop puissantes pour s'embarrasser des droits de leur seigneur; si elles les reconnaissent en théorie, elles les ignorent en pratique. Sans titre légal, par la simple vertu de leur force, elles déclarent désormais représenter le gemeen land. En réalité, elles l'absorbent et l'incorporent pour ainsi dire en elles-mêmes. Au cours du xiv^ siècle, la vieille expression traditionnelle : les « trois villes de Flandre » (de drie steden van Vlaenderen) fait place à une expression nouvelle qui traversera les siècles : « les trois membres de Flandre » (de drie leden van Vlaendereii) (i). Entre le prince

(t) La création des trois membres de Flandre (drie leden van Vlaanderen) dont des auteurs anciens ont voulu faire honneur à Jacques Van Artevelde, est en réalité bien antérieure à son temps. Elle se rattache à l'assemblée des échevins des cinq grandes villes de Flandre : Bruges, Gand, Ypres, Lille et Douai, qui, déjà au xiiie siècle, s'était attribué une large intervention dans les affaires du pays (voy. Gilliodts Van Severen, Inventaire des archives de Bruges, t. IV, p. 266). Après la conquête de la Flandre wallonne par Philippe le Bel, les trois villes flamingantes conservèrent la situation acquise. Il est continuellement question au xiv« siècle des drie steden. On les voit s'assembler, envoyer des ambassadeurs aux rois de France et d'Angleterre, délibérer avec le comte. Elles ne possédaient d'ailleurs aucun titre légal pour agir ainsi. Ce qui prouve qu'elles ne pouvaient prétendre à représenter seules le gemeen land, c'est le fait de la présence de délégués des petites villes et même parfois du plat-pays à côté des leurs, en

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