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L'UNIFICATION DES PAYS-BAS

C'est au moment où les diverses principautés des Pays-Bas viennent d'atteindre à leur pleine autonomie politique qu'on les voit, par une brusque transformation, passer sous le pouvoir d'une même dynastie, s'unir en une solide fédération monarchique et constituer entre l'Allemagne et la France cet État intermédiaire que les royaumes de Belgique et de Hollande représentent encore aujourd'hui sur la carte de l'Europe. Avec le début de la période bourguignonne se clôt la première partie de leur histoire et s'ouvre une ère nouvelle. Par la superposition de l'unité du souverain et du gouvernement à la multiplicité des régimes constitutionnels, elles sortent du moyen âge pour entrer dans l'époque moderne.

Pour rapide qu'il ait été, ce grand changement ne peut surprendre l'historien. Il lui apparaît, en effet, comme l'aboutissement naturel d'une évolution séculaire. Il devait venir un moment où la Flandre et la Lotharingie se joindraient l'une à l'autre dans cette région mitoyenne qu'elles occupent entre les peuples romans et les peuples germaniques. La différence des races ne pouvait constituer un obstacle à l'unité dans des pays où Flamands et Wallons vivaient côte à côte dans les mêmes cadres politiques et religieux, soumis aux mêmes influences civilisatrices, entraînés dans la même activité économique, participant au même droit et possédant des institutions analogues. Depuis l'époque fjanque, la frontière linguistique n'y

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avait jamais coïncidé avec une limite d'État, et aucun des deux groupes d'hommes que séparait cette frontière n'avait jamais cherché à dominer ou à exploiter l'autre.

Sans doute, il serait inexact de prétendre que d'elles-mêmes, par une tendance profonde et spontanée, ces populations à la fois différentes et semblables aient visé à s'unir. Mais il faut constater du moins la facilité avec laquelle elles se plient aux événements qui ont pour effet de les rapprocher les unes des autres. Le Limbourg accepte sans résistance, au xiii^ siècle, son anneixion au Brabant ; le comté de Looz s'adjoint aussi aisément, au siècle suivant, à la principauté de Liège ; la dévolution de la îiollande et de la Zélande à la maison d'Avesnes en 1299 s'acconjplit de la manière la plus pacifique. C'est que la tendance qui pousse les princes à s'agrandir correspond à l'intérêt des habitants. La communauté politique qu'elle établit entre des tQtritoires différents est non seulement une garantie de sécurité, mais encore une source de précieux avantages, parce qu'elle facilite les rapports économiques. Ainsi le jeu des héritages et l'extinction des maisons régnantes amènent de bonne heure un mouvement de concentration qui a pour organe les dynasties locales et que favorise partout le consentement populaire.

Il a été donné aux ducs de Bourgogne d'achever, dans la première moitié du xv* siècle, l'œuvre d'unification commencée bien avant eux. Les circonstances politiques, il est vrai, les ont aidés. Ni la France, épuisée par la guerre de Cent Ans, ni l'Allemagne, où le pouvoir monarchique avait perdu toute force et tout prestige, ne purent s'opposer à la réalisation de leurs projets. Rien ne serait plus faux cependant que d'expliquer par le seul hasard leur extraordinaire fortune. La persistance même de l'État nouveau qu'ils ont fondé prouve qu'il reposait sur des bases solides. Sa durée empêche de l'envisager comme le résultat factice et fragile d'heureuses conjonctures. En réalité, les ducs ont continué de pousser les Pays-Bas vers le but où ils tendaient depuis des siècles. Leur politique dynastique a été aidée par le sentiment public. Nulle part, sauf dans la principauté de Liège et dans le duché de Gueldre,

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