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DE BOURGOGNE

Par un singulier concours de circonstances, la plupart des vieilles dynasties nationales s'éteignirent dans les Pays-Bas, à peu d'intervalle les unes des autres, pendant la seconde moitié du xiv^ siècle. Des maisons étrangères se virent appelées à hériter successivement tout d'abord du Hainaut et de la Hollande, puis du Brabant et enfin de la Flandre. Aux vieilles races princières, qui portaient sur leurs écus ces lions figurant encore de nos jours dans les armoiries de la plupart des provinces belges, que leurs origines, leurs traditions et leurs intérêts de famille rattachaient étroitement au pays, dont l'histoire se confondait avec celle de ses divers territoires, qui y avaient fondé la plupart des monastères et qui y avaient doté les villes de leurs chartes, se substituèrent des suzerains ignorant les besoins, les mœurs et la langue des populations.

Bien autrement puissantes que celles à qui elles succédaient, ces dynasties nouvelles, — dont les unes, Wittelsbach et Luxembourg, possèdent une grande partie de l'Allemagne et

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se disputent la couronne impériale, tandis que l'autre, Bourgogne, augmente l'ascendant que lui donnent ses domaines, de son étroite parenté avec la maison de France, — vont entraîner les Pays-Bas dans le courant de la politique générale et rompre avec le particularisme qui a inspiré jusqu'alors la conduite des princes belges. Elles ne peuvent plus, comme ceux-ci, dont tous les intérêts se concentraient entre la Meuse et la mer, se renfermer dans la neutralité ou profiter des rivalités internationales pour vendre leurs services tantôt à l'un tantôt à l'autre des belligérants. La multiplicité des questions où elles sont engagées, soit par leurs possessions étrangères, soit par leurs alliances de famille, les force à prendre parti dans les grands conflits qui agitent l'Occident. Leur grandeur même les oblige à jouer les premiers rôles dans l'histoire de l'Europe.

Il ne faudrait pas croire^ toutefois, qu'elles n'aient réservé aux Pays-Bas aucune place dans leur politique. Au contraire, à peine s'y sont-elles introduites, leurs efforts tendent à s'y agrandir et à y supplanter leurs rivales. Ce coin de terre si riche et si admirablement situé aiguillonne leur ambition, et c'est entre elles une véritable lutte, tantôt sourde, tantôt déclarée, pour la possession de la Belgique.

Les péripéties de cette lutte ont naturellement dépendu des péripéties mêmes qui ont amené en Allemagne la ruine des maisons de Wittelsbach et de Luxembourg et permis dès lors à la maison de Bourgogne d'accomplir à son profit l'unification des Pays-Bas.

La mort de Guillaume P'' d'Avesnes (7 juin 1337) avait enlevé à Edouard III le seul allié qui, panni les princes des Pays-Bas, lui fût vraiment dévoué. Aucun motif sérieux ne poussait ces princes, en effet, à s'engager à fond dans la cause anglaise. Il leur importait peu que le Plantagenet ou le

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l62 LES NOUVELLES DYNASTIES

Valois fût roi de France (i). Si, toujours à court d'argent, ils trouvaient fort agréable de toucher des subsides, ils se défiaient en revanche d'une entreprise où l'empereur semblait vouloir participer, et le duc de Bîabant avait soin de se faire promettre par Edouard qu'il ne lui imposerait, en qualité de vicaire de Louis de Bavière, aucune obligation noi^velle à l'égard de l'Empire (2). Enfin, les raisons politico-économiques qui contraignaient la Flandre à l'alliance anglaise n'existaient ni pour la Hollande, ni pour le Brabant, ni pour le Hainaut. C'étaient^ nous l'avons vu, ses démêlés pour la possession de Malines avec Adolphe de la Marck et Louis de Nevers, qui avaient déterminé l'attitude de Jean III de Brabant. Guillaume II de Hainaut était alléché, de son côté, par la promesse d'agrandissements territoriaux sur cette frontière du Cambrésis, où les Français s'étaient déjà permis bon nombre d'empiétements au détriment de l'Allemagne (3). Chacun des clients d'Edouard ne songeait donc qu'à ses avantages particuliers. Pour rendre leur fidélité durable, il eût fallu que d'éclatants succès militaires permissent au roi de les convaincre de sa puissance et de payer largement leur collaboration. Mais le double échec de l'expédition contre Cambrai (1339) puis du siège de Tournai (1340) les fit réfléchir. Au lieu des annexions qu'il espérait, le comte de Hainaut avait vu ses terres ravagées par les troupes françaises. Le duc de Brabant était froissé de se sentir supplanté par Artevelde dans la confiance d'Edouard, qui sacrifiait maintenant le Brabant à la Flandre (4) ; les patriciens de Louvain et de Bruxelles coopéraient à contre-cœur avec les démocrates flamands. Aussi, depuis la trêve d'Esplechin (25 septembre 1340), un revirement significatif s'accomplit-il dans la conduite des princes lotharingiens. La réconciliation de Louis de Bavière avec le roi de France (24 janvier 1341) et la révocation du titre de vicaire de l'Empire conféré par lui à

(1) A l'exception naturellement du comte de Flandre, vassal du roi de France.

(2) Rymer, Foedera, t. II, 3« partie, p. i83.

(3) Ibid., p. 169.

(4) Voir à cet égard une anecdote caractéristique dans la Chronographia regum Francorum, t. II, p. 1 5 2-1 33.

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