LE DUC DE BRABANT ET LA FRANCE
Edouard, dissipèrent leurs derniers scrupules. Abandonnés d'ailleurs par les Anglais, qui portaient la guerre en Bretagne, ils eurent bien soin de s'abstenir désormais de tout acte d'hostilité envers Philippe de Valois. En 1343, Guillaume de Hainaut concluait avec lui une trêve de trois ans qui fut en réalité une paix définitive (i). Quant à Jean III, s'il hésita un peu plus longtemps, c'est qu'il cherchait un moyen de ne pas sacrifier à une entente avec la France la conquête de Malines, dont il s'était mis en possession le 30 mars 1340 (2).
Pour consacrer cette annexion, il était indispensable d'obtenir l'assentiment du comte de Flandre. Le duc parvint à se le procurer. En 1345, Louis de Nevers se déclara prêt à rendre la ville, s'il était délié du serment jadis prêté à Adolphe de La Marck de ne pas l'aliéner. Il était impossible d'obtenir que les Liégeois acceptassent l'annulation de ce serment, mais le pape pouvait le casser, et il le fit dès l'année suivante (3). Toutefois, Louis de Nevers mourut à Crécy avant d'avoirtouché les sommes stipulées pour sa renonciation. Son successeur, le jeune Louis de Maie, refusait de les accepter, de sorte qu'au moment même où le duc se voyait enfin arrivé au but de ses efforts, la proie qu'il convoitait depuis si longtemps semblait de nouveau sur le point de lui échapper. Il se décida alors à une volte-face décisive. La question de Malines qui l'avait jadis poussé dans le camp anglais, le fit se jeter cette fois dans le camp adverse.
Son adhésion à la politique française fut éclatante et sans réserve. En 1347, sa seconde fille, Marguerite, épousait Louis de Maie, tandis que sa fille aînée, Jeanne, devenait la femme de Wenceslas de Luxembourg, frère du roi des Romains Charles IV. On stipulait de plus que la troisième fille de Jean épouserait le duc de Gueldre, et que ses deux fils, Henri et Godefroid, seraient fiancés à Jeanne de Normandie et à Bonne de Bourbon, respectivement petite-fille et nièce du roi de
(i) L. Devillers, Cartulaire des comtes de Hainaut, x. I, p. 1Q7 (Bruxelles, 1881).
(2) J. David, Geschiedenis van de stad en de heerlijkheid van Mechelen,Tp. 5i3 (Louvain, 1854).
(3) /t/rf.,p. 514.
l64 LES NOUVELLES DYNASTIES
France, à qui le duc abandonnait, par surcroît, le soin de leur éducation (i). Ces conventions faisaient de la maison de Brabant le représentant de la politique française dans les Pays-Bas. Mais elles fixaient aussi sa situation à l'égard de l'Empire. Elles l'unissaient étroitement, en effet, à la maison de Luxembourg dont le chef, Charles IV, était l'intime allié des Valois. La vieille rivalité qui, depuis la bataille de Worringen, avait séparé les maisons de Brabant et de Luxembourg, faisait place à l'entente la plus cordiale. Charles IV témoigna sa gratitude à Jean III en renonçant aux derniers droits que l'Empire conservait encore sur le duché. En 1349, il lui octroya la fameuse bulle d'or qui exemptait le Brabant de toutes les juridictions étrangères, et il reconnut l'abbaye impériale de Nivelles pour un fief ducal (2).
Cette générosité s'explique par de puissants motifs politiques. Au moment, en effet, où Wenceslas de Luxembourg épousait Jeanne de Brabant, la maison de Wittelsbach venait de prendre pied dans les Pays-Bas, et transportait dans cette région la rivalité dynastique qui troublait l'Allemagne.
Le 27 septembre 1345, Guillaume de Hainaut, appelé dans le nord par une révolte des Frisons, mourait frappé d'un coup de flèche à la bataille de Stavoren. Cette catastrophe livrait à tous les hasards les domaines de la maison d'Avesnes. Car Guillaume n'ayant d'autres héritiers que ses sœurs, Marguerite, épouse de l'empereur Louis de Bavière, et Philippine, femme du roi d'Angleterre, la succession du Hainaut et de la Hollande semblait devoir provoquer un conflit entre les deux souve-
(1) Dynter, Chron. diicum Brabant., t. II, p. 645. — Tous les actes relatifs à ces négociations sont conservées aux Archives Nationales à Paris, J. 523-524. M. H. Vander Linden a eu l'obligeance de me communiquer les copies qu'il en a prises. La conduite du duc constitue un revirement aussi complet qu'il est possible. Le 2 juin, il promet secrètement au roi de se dégager le plus tôt qu'il pourra de son alliance avec le Hainaut et la Flandre; le 6, il déclare n'avoir avec Edouard III «aucune convenances regardans en aucune manière fait de alliance », et le même jour il garantit à son nouveau gendre Louis de Maie de l'aider « einsi que bons et loiaus pères » à lui faire obtenir « bonne obéissance » de son pays de Flandre comme « seigneur sans moyen ». Pour dédommager Louis de Maie de la cession de Malines au Brabant, le roi lui assigna 5ooô livres de rente dans les comtés de Nevers et de Réthel.
(2) Dynter, op. cit., t. II, p. 667, 673.