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LA MAISON DE BAVIÈRE DANS LES PAYS-BAS

rains. Chacun d'eux fit aussitôt valoir ses droits. Edouard ne put, il est vrai, à cause des rigueurs de l'hiver, songer à un débarquement immédiat (i). Quant à l'empereur, il donnait à sa femme l'investiture des fiefs de Guillaume, et, dès le mois de mars 1346, elle venait en prendre possession. Elle n'obtint le serment des États du Hainaut qu'après avoir juré de conserver intact l'héritage de son frère, et, par suite de cette promesse, son fils Guillaume fut désigné comme son successeur aux pays de Hainaut, de Hollande et de Zélande (2 ).

Mais en présence des revendications d'Edouard HI, la situation de Marguerite était singulièrement difficile. Elle ne pouvait compter sur l'assistance de son mari, qui se défendait péniblement en Allemagne contre la maison de Luxembourg et qui mourut d'ailleurs peu après, le 1 1 octobre 1347. Le duc de Brabant, qui venait de s'allier à Charles IV, lui était hostile, et, pour comble de confusion, la guerre civile éclatait en Hollande. On vit se produire dans ce pays un spectacle analogue à celui que la Flandre avait présenté en 1325 : la dynastie fut entraînée dans la lutte des partis. Tandis qu'un certain nombre de villes et une partie considérable de la noblesse se déclaraient pour Marguerite, d'autres villes et d'autres nobles prêtaient serment à Guillaume.

Les deux coalitions qui se formèrent alors et qui ne devaient plus cesser de se combattre jusqu'à l'époque bourguignonne, portent la première le nom de Hoeks, la seconde celui de Kabiljauws (3). Il n'est guère plus aisé de comprendre l'acharnement qu'elles manifestèrent l'une contre l'autre pendant quatre-vingts ans, que de découvrir l'origine des appellations par quoi elles se désignèrent. S'il est vrai que les Kabiljauws représentèrent surtout la politique urbaine et les intérêts de la bourgeoisie marchande, il ne l'est pas moins qu'ils ne les représentèrent pas uniquement. On trouve parmi eux de nombreux barons, de même que l'on constate dans le parti des

(0 L. P. Van den Bergh, Gedenkstukken tôt opheldering der Nederîandsche geschiedenis, t. I, 160 et suiv. (La Haye, 1842).

(2) Devillers, Cartulaire des comtes de Hainaut, 1. 1, p. 257.

(3) P. J. Blok, Geschiedenis van het Nederîandsche volk, t. II, p. 86 et suiv. (Groningue, i8g3,i.

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Hoeks, plus spécialement nobiliaire, la présence de plusieurs villes. On ne voit pas d'ailleurs, qu'entre ces deux groupes, la lutte se soit portée principalement sur le terrain politique ou économique ainsi qu'on l'observe en Flandre, ni que chacun d'eux ait cherché, dès le début, à faire triompher un programme différent dans le gouvernement du pays. Les villes hollandaises, en effet, n'étaient pas assez puissantes pour prétendre, comme les grandes communes flamandes, à l'administration exclusive du pays. D'autre part, adonnées au commerce beaucoup plus qu'à l'industrie, elles ne connurent pas les haines si ardentes qui divisaient la population de Gand, de Bruges, d'Ypres, de Dinant ou de Liège, en partis irréconciliables. Elles ressemblent assez exactement, à cet égard, aux villes hanséatiques d'Allemagne, et la révolution démocratique leur fut épargnée comme elle le fut également à la plupart de celles-ci. Sans doute, les gens de métier y cherchèrent plus d'une fois à s'emparer du pouvoir et à renverser les vroedschappen ploutocratiques qui exerçaient le gouvernement municipal. Mais leurs tentatives furent assez facilement réprimées, et quelques concessions suffirent pour mettre fin à des mouvements qui n'eurent jamais l'énergie et la portée de ceux qui troublèrent les cités manufacturières des Pays-Bas méridionaux. L'histoire urbaine de la Hollande ne présente aucun de ces chefs populaires qui apparaissent en si grand nombre en Flandre ou dans le pays de Liège; rien n'y rappelle les De Coninc, les Zannekin, les Andricas ou les Artevelde. On n'y trouve pas non plus cette unité d'action qui se marque si nettement dans la conduite des tisserands flamands ou des artisans liégeois. Dordreclit, la localité la plus importante que l'on y rencontre, ne peut imposer sa direction à ses voisines, se contente de défendre contre elles son droit d'étape, et tente de monopoliser à leur détriment tout le transit fluvial du pays (i). Ainsi, les bourgeoisies hollandaises sont encore bien éloignées, au xiv^ siècle, de l'influence que l'avenir leur réserve. A côté d'elles, la noblesse continue déjouer un rôle

(i) B. Van Rijsvvijk, Geschiedenis van het Dordtsche stapelrecht (La Haye, 1900).

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très considérable, et les ligues ennemies entre lesquelles elle se partage, s'allient sans peine aux groupements hostiles que la rivalité des intérêts mercantiles ou les rancunes de clocher font siu'gir parmi les villes (i).

Les Hoeks et les Kabiljauws présentent en somme l'aspect de factions plutôt que celui de partis politiques proprement dits. Il leur manque cette netteté de tendance et de principes qui caractérisent au premier coup d'œil les goeden et les kwaden de Flandre ou les grands et les petits du Pays de Liège, Coalitions confuses de communes et de seigneurs tels que les Borselen, les Arkel, les Duivenvoorde, les Polanen, les Brederode, les raisons de leur conduite nous échappent très souvent, et l'on ne peut guère comprendre la durée de l'acharnement qui les oppose les uns aux autres, qu'en se rappelant la persistance avec laquelle les haines conçues en temps de guerre civile se maintiennent de génération en génération. Les troubles qu'ils ont déchaînés ne sont point d'ailleurs demeurés stériles. En décimant la noblesse et en excitant la vie politique au sein des villes, ils ont finalement tourné à l'avantage de celles-ci. Dès 1359, on voit, pour la première fois, les bourgeoisies hollandaises appelées à délibérer avec le prince (2), et depuis lors leur intervention dans le gouvernement du pays ne cessera plus de croître.

La conduite de Guillaume qui, soutenu par les Kabiljauws, prit le titre de comte, obligea Marguerite à chercher un appui à l'étranger. La situation de la maison de Bavière à l'égard de celle de Luxembourg la poussa à s'adresser non à la France, mais à l'Angleterre. Edouard III n'eut garde de négliger l'occasion qu'elle lui offrait de reprendre pied dans les Pays- Bas, où l'influence franco-luxembourgeoise était maintenant prépondérante. Sans abandonner les droits qu'il prétendait posséder à l'héritage des d'Avesnes, il accepta de se constituer arbitre entre l'impératrice et son fils. En 1352, il confirma

(1) M. Blok, loc. cit., p. gg, conjecture avec beaucoup de vraisemblance que le parti des Hoeks, bien que surtout recruté parmi la noblesse, put compter sur l'appui des artisans urbains, en haine de la haute bourgeoisie qui se groupait dans le parti des Kabiljauws.

(2) Blok, /oc. cjï., p. 101.

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celui-ci dans la possession de la Hollande et de la Zélande, soiisl condition de payer une rente à Marguerite qui, de son côté, ^ conserva le Hainaut. Le mariage du jeune comte avec Mathilde de Lancastre l'attachait en même temps à la dynastie des Plantagenets, de sorte que la maison de Bavière semblait destinée, comme celle d'Avesnes qu'elle venait de remplacer, à servir d'instrument à la politique anglaise dans les Pa3^s-Bas (i).

Il n'en fut rien cependant. Le caractère sombre et violent de Guillaume devait bientôt le conduire à la folie. Quelques mois après avoir hérité du comté de Hainaut à la mort de sa mère (23 juin 1356), il manifesta les premiers symptômes d'une maladie cérébrale incurable. Au commencement de 1358 il fallut l'enfermer au château du Quesnoy, qu'il ne devait plus quitter jusqu'à son dernier jour, A cette nouvelle, ses deux frères accoururent d'Allemagne pour revendiquer la régence de ses riches seigneuries. L'aîné, Albert^ fut reconnu comme « baus » ou régent, dès le mois de mars, par les États du Hainaut, et le désistement du cadet, Louis, qu'appuyait l'évêque de Liège Englebert de La Marck (2), épargna aux Pays-Bas une guerre qui fut un moment sur le point d'éclater.

Le duc Albert avait recueilli dan? l'héritage de son père, l'empereur. Louis, le duché de Bavière-Straubing. Mais, dès qu'il eut obtenu le gouvernement des principautés de Guillaume, il se désintéressa de ce territoire, qu'il se borna à faire administrer de loin par des VitzUims (3). Son but fut désormais de s'assurer la possession des beaux comtés de Hainaut et de Hollande-Zélande, et d'empêcher qu'à la mort de Guillaume ils n'échappassent à la maison de Bavière. Il savait que le roi d'Angleterre n'abandonnait pas ses prétentions sur eux, et il craignait d'autre part que l'empereur Charles IV, d.ont il avait été l'ennemi jusqu'alors, ne profitât des circonstances pour chercher à se les annexer. Pour parer à ce double péril, il comprit qu'un rapprochement avec la France était indispen-

(i) Blok, Geschiedenis, etc., t. H, p. 85 et suiv.

(2) Devillers, Cartulaire des comtes de Hainaut, t. I, p. 523, 534.

(3) S. Riezier, Geschichte Bayenis, t. II, p. 54 (Gotha, 1880).

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