WENCESLAS DE LUXEMBOURG ET LOUIS DE MALE
sable. Car, ennemie d'Edouard et alliée de Charles IV, la France pouvait le protéger contre le premier et le réconcilier avec le second. Les événements prouvèrent qu'il avait vu juste. Edouard ne chercha point à s'emparer des comtés, et, en 1370, l'empereur en reconnaissait solennellement Albert comme l'héritier légitime (i). Ainsi, la maison de Bavière s'installa solidement dans les Pays-Bas, côte à côte avec sa rivale la maison de Luxembourg.
Vers le même moment où Albert recevait la régence du Hainaut, de la Hollande et de la Zélande, Charles IV remportait en Brabant un succès diplomatique qui semblait devoir y assurer l'avenir de sa dynastie. Les conventions matrimoniales qui avaient, en 1347, allié le duc Jean III à la France et à la maison de Luxembourg, avaient rapidement tourné à l'avantage de cette dernière. Les deux fils de Jean, Henri et Godefroid, étant morts peu après, l'un en 1349 (29 novembre), l'autre en 135 1, leur sœur aînée, Jeanne, épouse de Wenceslas de Luxembourg, se vit appelée à recueillir la succession du duché.
Pour sauvegarder l'indivisibilité du territoire, il avait été décidé de commun accord par Jean III, les villes et la noblesse brabançonne, que les deux autres filles du duc, Marie, femme du duc Renaud III de Gueldre, hydropique et paralysé, et Marguerite, femme de l'énergique comte de Flandre Louis de Maie, se contenteraient de rentes assignées sur le pays. Charles IV s'était naturellement empressé de ratifier des conventions si favorables à son frère. (2). Après le décès de Jean III, le 5 décembre 1355, le duc de Luxembourg devint donc, du chef de sa femme, duc de Brabant et de Limbourg.
Mais Louis de Maie protesta aussitôt contre des arrangements qui avaient été pris sans qu'on l'eût consulté (3). Il déclara ne pas se contenter des 120,000 écus d'or attribués à sa femme, et exigea cette ville de Malines qui, pendant le règne
(1) Devillers, o;?, a7., t. II, p. 190, igS.
(2) Dynter, loc. cit., p. 687.
(3) Voir la lettre de défi qu'il adresse à Wenceslas et aux Brabançons le i5 juin i356. Brabantsche Yeesten, t. II, p. 476.
de son père, avait suscité des difficultés si nombreuses entre la Flandre et le Brabant. Ces prétentions ne s'expliquent pas seulement par des raisons dynastiques. En les soulevant, Louis de Maie s'inspirait évidemment des intérêts du commerce flamand. Par l'annexion de Malines, il voulait assurer à son comté la domination exclusive du cours de l'Escaut et susciter en même temps à Anvers, dont la prospérité croissante n'était pas sans l'inquiéter, une dangereuse rivale. Sans attendre la réponse de Jeanne et de Wenceslas, il se mit secrètement en rapport avec les Malinois, et, moyennant la promesse de leur donner l'étape du sel et de l'avoine, qui se trouvait placée à Anvers, il se fit reconnaître par eux comme seigneur légitime (i).
Ce fut le signal d'une guerre non seulement entre les princes, mais entre les pays. La possession de Malines importait trop directement à chacun de ces territoires « pleins de communautés de peuple ki soustenir ne se peuvent sans marcandise (2) », pour qu'ils ne fissent pas les plus grands efforts, l'un pour la conserver, l'autre pour la reprendre. Cette guerre fut d'ailleurs désastreuse pour le Brabant, pris à l'improviste et depuis longtemps déshabitué de combattre. Louis bloqua l'Escaut avec une flotte, pour laquelle il réquisitionna les vaisseaux hanséatiques amarrés dans le port de Bruges (3), tandis que ses troupes envahissaient le duché. Les Louvanistes et les Bruxellois furent taillés en pièces (17 août 1356, quaden 7iioeiisdag). Jeanne et Wenceslas se réfugièrent dans le Limbourg, et l'armée flamande entra successivement à Bruxelles et dans presque toutes les bonnes villes du pays. Un hardi coup de main d'Éverard T' Serclaes la chassa bientôt, il est vrai, de la capitale (24 octobre), et rendit courage aux autres communes, qui s'empressèrent de remplacer sur leurs beffrois la bannière de Flandre par celle de Brabant. Louis ne chercha point à les soumettre de nouveau. Il n'avait jamais
(1) Dynter, op. cit., t. III, p. 24.
(2) Ces paroles se trouvent dans la lettre d'alliance entre le Brabant et la Flandre citée plus haut, p. 112.
(3) Limburg-Stirum, Cartulaire de Louis de Maie, t. II, p. ijo. Hanserccesse 1256-1430, t. III, p. 229 (Leipzig, 1875).