LA SITUATION DES LUXEMBOURG EN BRABANT
songé à conquérir le duché. Seul l'Escaut l'intéressait, et il ne le lâcha pas. Après une série de pillages et d'hostilités sur les frontières, Wenceslas, que l'empereur occupé en Allemagne ne pouvait secourir, se résigna à traiter. Le 4 juin 1357, la paix d'Ath cédait au Flamand la seigneurie de Malines, lui donnait Anvers en fief et lui conférait le droit de porter le titre de duc de Brabant (i).
Si Charles IV n'avait pas tiré l'épée pour son frère, il sut du moins très habilement exploiter la situation, et la défaite du Brabant lui servit à obtenir une précieuse victoire politique. Profitant de la rancune de la duchesse Jeanne contre sa sœur, dans laquelle elle voyait l'instigatrice de la guerre, il réussit à lui faire prendre un engagement qui devait garantir définitivement la position de la dynastie luxembourgeoise dans les Pays-Bas. Le 10 février 1357, Jeanne lui promit en effet de reconnaître comme héritier de ses duchés de Brabant et de Limbourg, pour le cas où elle et son mari viendraient à mourir sans enfants, l'empereur, ou, à son défaut, le membre le plus proche de la maison de Luxembourg (2). La condition énoncée dans le traité était illusoire, car, mariée depuis dix ans déjà, Jeanne n'avait pas encore d'enfant. Charles IV pouvait donc désormais considérer le Brabant et le Limbourg comme destinés à venir s'adjoindre tôt ou tard aux domaines déjà si considérables de sa maison. Par eux, les Luxembourg qui possédaient le Brandebourg et la Bohème, jouiraient aussi, au cœur même des Pays-Bas, d'un admirable poste avancé ; ils toucheraient à la mer et à la France, et l'espoir leur était permis de réunir quelque jour sous leur sceptre, les riches territoires qui s'étendaient du Hainaut au Zuiderzée et de la Flandre à la Moselle. Mais, une fois de plus, l'histoire de l'Europe décida du cours de l'histoire de Belgique. La rapide décadence de la puissance luxembourgeoise après Charles IV empêcha la réalisation de tous ces beaux rêves. Ce n'était pas à une maison allemande, c'est à une maison française qu'il appartenait de constituer un nouvel État entre la France et
(0 Brabantsche Yeesten, t. II, p. 543.
(2) Dynter, op. cit. , 1. 1 11 , p. 3o.
l'Allemagne, et ce n'était pas de la Lotharingie, mais de la Flandre, que devait surgir la dynastie à qui cette grande œuvre était réservée.
Par le plus bizarre des malentendus, Louis de Maie apparaît habituellement aux historiens belges, comme un despote futile et débauché, insoucieux des intérêts de 'son peuple, le sacrifiant à son bon plaisir et le vendant enfin à la France. Rien ne correspond moins à la réalité. Bien différent du chevaleresque Louis de Nevers, Louis de Maie se révèle, dès les premiers temps de son règne, comme un esprit pratique, comme un politique habile, comme un prince déjà presque moderne, ne s'inspirant que de ses intérêts et faisant bon marché du reste. Ce n'est pas à lui qu'il faut demander cette fidélité passionnée à la foi jurée dont son père a donné un exemple tout à la fois si désastreux et si héroïque. Ce n'est pas lui qui sacrifiera à ses devoirs de vassal envers le roi de France sa situation de prince territorial, et qui se laissera imposer sa conduite par son suzerain. Il possède une intelligence parfaite des conditions qui s'imposent en Flandre à l'exercice du gouvernement. Il n'ignore pas que ce pays de grandes villes industrielles ne peut se maintenir sans une puissante activité économique, et c'est à développer cette activité qu'il se consacre dès les premiers jours.
De là tout d'abord, son attitude à l'égard de l'Angleterre. Dès 1348, il conclut avec elle un traité de paix, et si, personnellement, il ne reconnaît pas les droits d'Edouard III à la couronne de France, il laisse ses villes libres de les reconnaître, si bien que la Flandre présente pendant quelques années, le spectacle bizarre d'un pays divisé en deux groupes, dont l'un adopte pour roi le Valois, l'autre le Plantagenet (i). Manifestement, d'ailleurs, ce n'est plus là pour les Flamands
(1) Rymer, Foedera, t. III, 1" partie, p. 44,45.