LA POLITIQUE DE LOUIS DE MALE
Commencées dès 136 2^ elles aboutirent au mois d'octobre 1364. Edouard abandonnait à son fils Edouard, comte de Cambridge, en considération de son prochain mariage avec Marguerite, les comtés de Ponthieu et de Guines avec Calais, siège de l'étape des laines ; il lui cédait ses droits sur le Hainaut, la Hollande et la Zélande; enfin, il promettait à Louis de Maie de l'aider à s'emparer du Brabant (i). Il semblait qu'appuyée sur l'Angleterre, la Flandre allait marcher à la conquête des Pays-Bas, chasser la maison de Luxembourg du Brabant et celle de Bavière du Hainaut et de la Hollande. Mais la cour de France n'eut pas de repos avant d'avoir paré à ce nouveau danger. Il fallait empêcher à tout prix la réalisation d'un traité qui eût donné à Louis de Maie une force qu'aucun de ses prédécesseurs, pas même Philippe d'Alsace, n'avait possédée; qui eût formé de ce côté-ci de la Manche une sorte d'Angleterre continentale, fermant la mer aux flottes françaises et menaçant Paris d'une manière permanente. Charles V, qui venait de monter sur le trône, obtint tout d'abord du pape, assiégé par les sollicitations des ambassadeurs anglais, le refus des dispenses nécessaires au mariage (2). Cet obstacle n'était pas insurmontable. Ce qu'un pape refusait, un autre pape pouvait l'accorder. Edouard et Louis n'abandonnèrent pas leurs projets. En 1367, ils conclurent même une alliance offensive et défensive (3).
On peut se demander si la conduite du comte depuis 1364 était bien sincère, et si son entente avec l'Angleterre, si cordiale en apparence, n'avait point uniquement pour but de forcer la France à lui restituer la Flandre wallonne. Elle aboutit en tous cas à ce résultat. Lorsque, en 1368, Charles V se fut résolu à reprendre contre Edouard les hostilités interrompues depuis le traité de Brétigny (1360), il résolut tout d'abord de
(1) Rymer, op. cit., t, III, 2" partie, p. 91. Scott etGilliodts Van Severen,Z)ocî<ments pour servir à l'histoire des relations entre la Flandre et VA ngleterre de 1341 à 1473, p. i5. (Bruxelles, 1896).
(2) Scott et Gilliodts Van Severen, Documents, p. 19, 5ii. Voir surtout une bulle d'Urbain V du 3o octobre i365 dans M. Prou, Étude sur les relations politiques du pape Urbain V avec les rois de France, p. i'38 (Paris, 1888).
(3) Rymer, loc. cit., p. 184.
détacher coûte que coûte Louis de Maie de son allié. La mère du comte se chargea des négociations. Elle proposa à son fils de marier Marguerite à Philippe le Hardi, le nouveau duc de Bourgogne et le propre frère du roi, moyennant retour à la Flandre de Lille, de Douai et d'Orchies (i). Les pourparlers durèrent longtemps, et Louis affecta de ne céder qu'avec peine. Il se défiait du roi comme le roi, de son côté, se défiait de lui. Charles V faisait prendre secrètement à Philippe l'engagement de lui restituer plus tard les territoires cédés (2), tandis que Louis exigeait de sa fille la promesse de ne jamais les aliéner de la Flandre et d'empêcher de tout son pouvoir son futur mari de les abandonner à la couronne (3). Le contrat fut enfin accepté par les parties le 25 avril 1369, et le mariage accompli à Gand le 19 juin suivant. Les dernières traces > du traité d'Athis, déjà si fortement entamé depuis 1330, étaient définitivement effacées. Il ne restait plus rien des conquêtes de Philippe le Bel. L'héritage des Dampierre se trouvait reconstitué dans son intégrité, et, la veille même de son mariage, Philippe, annulant la garantie qu'il avait donnée au roi l'année précédente, déclarait solennellement qu'il ne disjoindrait jamais du comté les terres recouvrées (4).
Si le mariage de Marguerite avec Philippe de Bourgogne eut pour conséquence la restauration de l'ancienne puissance territoriale du comté de Flandre, il apparut pourtant tout d'abord, comme un succès considérable pour la diplomatie de Charles V. Ne devait-il pas réserver à la Flandre, dans un avenir plus ou moins rapproché, le même sort qu'à la Bourgogne? Le roi dut
( I ) Béthune avait été rattaché par Philippe le Bel à l'Artois en 1 3 1 1 . A partir de cette date on lui substitua Orchies dans le texte des traités relHtifs à la Flandre wallonne. Voy. Vanderkindere, Histoire de la formation des principautés belges au moyen âge, t. I, p. 261.
(2) U. Plancher, Histoire de Bourgogne, t. III. Preuves, p. 22 (Dijon, 1748). Cf. J. J. Vernier, Philippe le Hardi duc de Bourgogne, son mariage avec Marguerite de Flandre en i36q. Bullet. de la Commission historique du département du Nord, 1900, p. 89 et suiv. — Pour l'intervention du pape en faveur de ce mariage, voy. Prou, op. cit.
(3) Gilliodts Van Severen, Inventaire des archives de Bruges, X, II, p. iSy. Vernier, op. cit., p. io5.
(4) Diegerick, Inventaire des archives d'Ypres, t. VII, p. gi. Vernier, op. cit., p. i3i.