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LE MARIAGE BOURGUIGNON

se féliciter d'avoir pu assurer à son frère la succession de la puissante principauté qui, depuis Philippe Auguste, avait causé tant de soucis à la couronne. Il crut sans doute avoir résolu enfin la « question flamande », et les concessions momentanées qu'il fit à Louis de Maie ne lui semblèrent pas acheter trop cher un si beau résultat. Il ne pouvait prévoir qu'en introduisant dans les Pays-Bas la branche cadette de la maison de Valois, il la détachait du tronc de la dynastie, et que, transplantée dans ces régions, elle y prendrait racine et y donnerait naissance à une maison nouvelle qui, oubliant ses origines, servirait non point à rattacher la Belgique à la France, mais au contraire à l'en arracher. Jamais combinaisons politiques ne tournèrent aussi complètement à l' encontre du but qu'on en \ attendait, et, par une singulière ironie de l'histoire, la solution que Charles V préparait à la question flamande était précisément celle que, pendant deux siècles, ses prédécesseurs avaient toujours cherché à écarter.

Devenu le beau-père du frère du roi, Louis de Maie n'entra pas pour cela dans l'alliance française. Lorsqu'il eut obtenu de Charles V ce qu'il désirait, il chercha tout de suite un rapprochement avec Edouard. Les bons rapports entre la Flandre et l'Angleterre furent rétablis le 4 août 1370 (i). Edouard renonça au rêve qu'il avait formé un instant de réunir la Belgique à ses Etats. En 1372, il abandonna définitivement ses prétentions sur la Hollande et le Hainaut (2). Le mariage de Marguerite avec le comte de Cambridge eût entraîné les Pays- Bas dans la guerre de Cent Ans; son union avec Philippe de Bourgogne leur permit au contraire de rester neutres dans ce grand conflit. Toutefois, cette neutralité ne fut pas absolue. Tandis que les maisons de Bavière et de Luxembourg recherchèrent l'amitié de la France, Lous de Maie se posa de son côté en partisan de l'Angleterre, et il dissimula si peu des sympathies que lui commandaient les intérêts bien compris de ses sujets, qu'il devint bientôt plus odieux à Paris. qu'il ne l'avait

(1) Rymer, op. cit., t. III, 2» partie, p. 172.

(2) Ibid.,Tp. 197.

jamais été (i). Non content de donner asile au duc de Bretagne, Jean de Montfort, dangereux ennemi de la couronne (2), il mit le comble à l'indignation de Charles V par son attitude au moment où éclata le Grand Schisme. Seul parmi les princes belges, il demeura dans l'obédience du pape de Rome que reconnaissait l'Angleterre (3). Mais presqu'au même instant où il prenait ainsi position contre la France, les événements allaient le forcer à recourir à elle, et provoquer, plus tôt qu'on ne pouvait s'y attendre, la première intervention de la maison de Bourgogne dans les affaires des Pays-Bas.

Au sortir de la peste noire (1348), la Flandre présenta, pendant plusieurs années, le spectacle d'un essor extraordinaire. A la veille de ce xv^ siècle qui devait voir la décadence de son industrie et l'hégémonie commerciale échapper à Bruges pour passer à Anvers, sa prospérité atteignit à son apogée, et le règne de Louis de Maie, jusqu'en 1379, ferme brillamment l'histoire de sa grandeur économique (4).

La longue paix dont jouit le comté durant cette période, l'annexion d'Anvers et de Malines, qui fit de l'Escaut un fleuve flamand, expliquent en partie cet état de choses. Mais

(1) « Is vivens carus non fuit Francigenis nec ab eisdem mortuus reverenti suspirio memorandus ». Chronique du Religieux de Saint-Denys, éd. Bellaguet, t. \, p. 298 (Paris, iBSg). Le même auteur accuse le comte d'avoir fourni des armes et des chevaux aux Anglais pendant leurs guerres contre la France. |Voir encore un curieux mandement de Charles V dans L. Delisle, Mandements et actes divers de Charles V, n° 127. (Paris, 1874).

(2) Istore et Croniques de Flandre, éd. Kervyn de Lettenhove, t. II, p. 188, n. (Bruxelles, 1880).

(3) N. Valois, La France et le grand schisme d'Occident, t. I, p. 255 et suiv. (Paris, 1896). — La reconnaissance du pape de Rome par les Flamands ne s'explique pas, comme on l'a cru souvent, par une antipathie de race à l'égard'de la France. La conduite des habitants de la Flandre wallonne, rentrée sous le gouvernement de Louis de Maie, fut, à cet égard, identique à celle de la Flandre flamingante, et à peine Louis de Maie eut-il recueilli l'Artois, on vit cette.région devenir également urbaniste (Ibid., t. II, p. 233-34).

(4) Sur la prospérité du pays à cette époque, voy. Froissart, Chroniques^ éd. Kervyn de Lettenhove, t. IX, p. 161.

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