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LA FLANDRE SOUS LOUIS DE MALE

d'autres circonstances encore y concoururent. L'étape des laines anglaises, reportée de Bruges en Angleterre en 1353, fut, à partir de 1363, établie de nouveau k proximité de la Flandre, à Calais (i). D'autre part, le comptoir des marchands allemands de Bruges passa, en 1356, sous la direction de la Hanse, et acheva de faire de cette ville le centre principal du trafic de la puissante ligue maritime (2). Après des difficultés passagères (1358-60) pendant lesquelles, à l'égal détriment des Flamands et des Hanséates, il émigra à Dordrecht, il revint se fixer dans le grand port qui mettait en contact le commerce septentrional avec celui du midi (3). Siège officiel du Deutschcr Kaufmaîm^ Bruges profita dès lors de tous les progrès accomplis par la Hanse pendant la seconde moitié du xiv^ siècle, de même qu'elle devait au siècle suivant être entraînée dans sa décadence. Plus encore que par le passé, elle attira vers elle les nations méditerranéennes, qui venaient échanger sur ses quais leurs épices et leurs vins contre les bois^ les blés, les fourrures et l'ambre de la Baltique et de la mer du Nord. Chacune d'elles, à l'exemple des Allemands, y acheta et y loua des maisons, et l'on entreprit dès cette époque la construction de ces « loges », qui donnèrent bientôt à la ville une parure appropriée à son caractère cosmopolite, et dont l'hôtel des négociants de Gênes (1398) nous conserve encore aujourd'hui un si intéressant spécimen.

Bruges n'était pas seulement un entrepôt pour les marchandises les plus diverses et un centre permanent d'échanges. Il s'y faisait aussi d'importantes opérations de crédit. Les comptes du Lieger que l'Ordre teutonique y entretenait, nous fournissent, à cet égard, d'intéressants exemples (4). Ils nous y

(1) W. Cunningham, The growth of English indiistry and commerce, p. 289 et suiv.

(2) W. Stein, Die Genossenschaft der Deutschen Kmifleute ^11 Brûgge in Flandern (Berlin, i8go). Le même, Beitràge ^nr Geschichte der Deutschen Hanse, p 71 (Giessen, igoo).

(3) G. von der Osten, Die Handels-und Verkehrssperre des Deutschen Kaufmanns gegen Flandern (Kiel, 188g). E. R. Daenele, Geschichte der Deutschen Hanse in der ^weiten Hàlfte des XIV Jahrhunderts, p. 21 et suiv. (Leipzig, 1897).

(4) G. Sattler, Handelsrechnungen des Deutschen Ordens (Leipzig, 1887).

l80 LES NOUVELLES DYNASTIES

montrent les marchands étrangers prêtant aux princes des Pays- Bas ou à des seigneurs français des sommes importantes, l'évèque de Culm y recevant l'or qu'il doit envoyer à Rome pour son diocèse, des couvents prussiens y effectuant des payements, etc. Les banques italiennes faisaient, de leur côté, converger vers Bruges une bonne partie de leurs affaires et y négociaient leurs lettres de change (i). Les grandes compagnies commerciales, qui commencent à apparaître vers la fin du moyen âge, y possédaient des immeubles (2). Bref, jamais le rôle international de la ville ne fut plus actif que dans la seconde moitié du xiv^ siècle. On l'appelait alors en Flandre la Secrète camere der goeden coopliede (3), et c'est à bon droit que les modernes lui ont donné le nom de « Venise du Nord (4) » .

En un point toutefois, elle présentait avec Venise une différence essentielle. Tandis, en effet, que les Vénitiens prenaient eux-mêmes une part très active au commerce d'exportation, il en allait bien différemment des Brugeois. On ne voit pas que les armateurs ou les grands marchands aient été nombreux parmi eux. Au lieu de chercher à concourir avec les étrangers qui emplissaient leur ville, ils se contentèrent de leur servir d'intermédiaires(5). L'organisation économique du moyen âge, qui obligeait le négociant forain à ne vendre et à n'acheter que par l'entremise d'un courtier, fut pour la bourgeoisie brugeoise une source de revenus de plus en plus abondante à mesure qu'augmentait le chiffre des affaires traitées dans la ville.

(1) A. Schulte, Geschichte des mittelalterlichen Handels und Verkehrs ^wischen Wertdeutschland und Italien, t. I, p. 289 (Leipzig, 1900).

(2) Avant i3q7 la « gheselscepe van der Beke, cooplieden van der duutschen Hanze » possédait plusieurs maisons au Crommenwale. Gilliodts Van Severen, Inventaire des Archives de Bruges. Introduction, p. 38 1, n. 3.

(3) Gilliodts Van Severen, op. cit., t. II, p. 108.

(4) D'après l'Espagnol Tafur (vers i^lb), cité par Schulte, op. cit., t. I, p. 349, le commerce de Bruges aurait même été plus important que celui de Venise. Voir aussi pour l'activité commerciale de la ville vers i340, Pegolott'i, Pratica délia mercatura, dans Pagnini, Délia Décima, t. III, p. 242 et suiv. (Lisbonne et Lucques, 1766).

(5) Il faut remarquer d'ailleurs que la Hanse interdisait à ses membres de faire (t kumpenye » avec les Flamands. Hohlbaum, Hansisches Urkxindenbuch. t. III, p. 141.

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