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AUGMENTATION DU POUVOIR PRINCIER

situation respective qu'occupaient jadis vis-à-vis de Gui de Dampierre les patriciens et les artisans se trouve complètement modifiée sous Louis de Maie. Ce sont désormais les grands bourgeois qui se posent en défenseurs des prérogatives souveraines, tandis que, imitant inconsciemment en cela les Leliaerts du xiii^ siècle, les tisserands et leurs adhérents s'instituent les défenseurs de l'autonomie municipale.

Louis de Maie sut très habilement profiter de conjonctures si favorables. Sa sollicitude pour les intérêts du commerce achève de lui attacher la haute bourgeoisie, qu'elle enrichit, et fait facilement accepter par elle l'augmentation constante du pouvoir princier qui se révèle dès les débuts du règne. L'institution de r « Audience du comte (i) », instance judiciaire suprême pour tout le comté, la création d'un souverain bailli, d'un procureur général, d'avocats fiscaux, forment autant de mesures préparatoires à la centralisation gouvernementale que réaliseront les ducs de Bourgogne. Tout le terrain gagné pendant le règne précédent par les trois villes sur l'autorité comtale est reconquis pas à pas. La défiance qui anime les grandes communes les unes contre les autres facilite ces envahissements, car si chacune d'elles cherche à se soustraire à la juridiction de l'Audience, elles n'hésitent pas à y avoir recours contre leurs voisines ou leurs rivales, reconnaissant implicitement ainsi sa raison d'être et sa légalité (2). De plus, les campagnes et les petites villes saisissent avec empressement la faculté qui leur est donnée d'échapper à la tutelle des « trois membres », et il suffit de parcourir les « décrets » de Louis (3) pour constater combien l'Audience, dès les premières années de sa création, fut fréquentée par les plaideurs.

Le comte agit d'ailleurs sans rien brusquer, et avec une intelligence très claire des conditions du succès. Au lieu de s'entourer de conseillers français, comme avait fait son père^ il

(1) La création de cette audience est rapportée à l'année iSôg. Pourtant dès i352, un document des archives d'Ypres porte au repli : « Par Monseigneur le comte en l'audience ». Esl-il déjà question ici d'un conseil de justice distinct ou simplement d'une séance judiciaire du conseil princier? Voy. A. Vandenpeereboom, Ypres et Warneton, p. 12 (Bruges. 1884).

(2) Le Glay. Chronique rimée des troubles de Flandre, p. 22.

(3) Sur ces décrets. Voy. plus haut, p. 128.

choisit en Flandre même les clercs et les jurisconsultes de ses conseils. La langue flamande, très peu employée jusqu'alors dans les actes de l'administration centrale, et qui en avait même presque complètement disparu pendant le règne précédent, s'y substitua au français dans tous les cas où elle était la langue du destinataire de l'acte (i). Ainsi, les institutions nouvelles évitaient l'apparence odieuse d'importations étrangères. *Le comte se garda bien, au surplus, de les imposer brutalement et de rompre d'une manière éclatante avec le passé. Il évita d'aborder de front les privilèges et les franchises dont les villes étaient si jalouses. Il prétendit s'en tenir strictement au texte des chartes qui fixaient leur situation vis-à-vis de lui, et considéra comme inexistants tous les usages non écrits qui s'étaient introduits postérieurement. Les trois membres de Flandre ne cessèrent pas de se réunir; mais, en l'absence d'un texte analogue à la paix de Fexhe ou à la Joyeuse Enti'ée, qu'ils eussent pu invoquer contre le prince pour fonder leur intervention légale dans le gouvernement, ils durent se résigner à une situation amoindrie, et l'adjonction du Franc de Bruges à leur collège, en y introduisant la représentation du platpays à côté de celle des villes, porta un coup sensible à la prépondérance de celles-ci. Bref, sans relâche, le prince battait en brèche l'autorité des communes, et, avec la complicité de la haute bourgeoisie, de la noblesse et des paysans, son pouvoir empiétait peu à peu sur le leur dans tous les domaines.

Dans ces conditions, la conduite du parti des tisserands était tout indiquée. L'augmentation du pouvoir princier lui apparut à la fois comme l'instrument et le résultat de l'influence que la bourgeoisie riche exerçait dans les villes. Celle-ci voyant dans le comte un protecteur, ils le considérèrent comme un ennemi, et, par une conséquence toute naturelle de leurs revendications sociales, ils adoptèrent une politique nettement antimonarchique. La révolte de Bruges et d'Ypres en 1359-61 nous apparaît comme dirigée tout autant contre les riches

(1) Sur les 690 actes imprimés dans le premier volume da Cartulaire de Louis de Maie, 9 sont rédigés en latin, 264 en français et 417 en flamand.

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