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LA RÉVOLTE DE

que contre le seigneur. Les sentences qui y mirent fin frappent en même temps ceux qui ont été contraires au comte et aux goede lieden. Quiconque provoquera à l'avenir une wapeninghe sera décapité ou banni cent ans hors du pays (i).

Les châtiments et les supplices qui frappaient les révoltés, ne faisaient d'ailleurs qu'augmenter leur haine pour l'ordre de choses qu'ils subissaient. L'explosion d'une lutte décisive devenait plus certaine de jour en jour. En France, les mécontents tournaient les yeux vers le « commun » des villes flamandes et attendaient de lui le signal d'un soulèvement général. Dès 1358, Etienne Marcel sollicitait son concours contre « les malvaises et foies entreprises [des nobles], par telle manière que nous tous puissions vivre en france liberté selon ce que ordené fu du temps ancien au royaume dé France (2) ».

C'est seulement vingt ans plus tard, en 1379, que se produisit le choc inévitable, d'autant plus terrible qu'il avait été plus longtemps retardé. Il eut pour cause occasionnelle un conflit entre Gand et Bruges, dont la rivalité avait si souvent déjà déterminé le cours de l'histoire de Flandre. Depuis le commencement du xiv* siècle, Bruges cherchait à établir entre son port et la Lys une communication directe qui eût détourné vers elle le transit de ce cours d'eau. En 1330, Louis de Nevers l'avait autorisée à commencer les travaux en considération du « commun profit du pays (3J ». Mais l'intérêt de Gand se trouvait ici diamétralement opposé à celui de Bruges. Située au confluent do l'Escaut et de la Lys, « ses plus beaux joyaux (4) », la grande ville entendait conserver intact le

(i) Gilliodts van Severen, o^. cit., t. II, p. 117.

(2) Vandenpeerenboom, Ypriana, t. VIljp. 431. — Sur les rapports d'Etienne Marcel avec les démocrates flamands, voy. S, Luce, Histoire de la Jacquerie, p. 123-124 (Paris, 1893). Parmi les partisans de Marcel en France, on cite cinq drapiers flamands établis à Paris [Ibid , p. 124, n.). Encore au xv" siècle, à Paris, pendant la révolte des Cabochiens, le chaperon blanc fut adopté, sans doute à l'imitation des Gantois. Du Fresne de Beaucourt, Histoire de Charles VU, t. I, p. i3 (Paris, 1881). Il y eut même, au mois d'avril 1413, une curieuse scène de fraternisation entre les Parisiens soulevés et les députés gantois venus dans la capitale pour parler à Jean sans Peur. A. Coville, Les Cabochiens, p. 193 (Paris, 1888).

(3) Gilliodts Van Severen, op. cit , t. I, p. 426.

(4) « De rivieren van der stede, dat scoenste juweel es dat de stede heeft ». N. de Pauw, Voorgeboden der stad Cent, p. 99.

droit d'étape qu'elle possédait sur les marchandises transportées paj- ses rivières. Lorsqu'on y apprit, en 1379, que Louis de Maie avait accordé un nouvel octroi pour le creusement du canal, une vive indignation s'empara de la bourgeoisie. Les bateliers, directement menacés par l'exécution du projet, provoquèrent un mouvement général de résistance; pendant quelque temps leur doyen, Jean Yoens, exerça dans la ville un ascendant comparable à celui qu'Artevelde y avait possédé jadis. Dès que les terrassiers brugeois, ayant déjà achevé une bonne partie du canal, pénétrèrent dans le quartier de Gand, on sortit en armes à leur rencontre et on les tailla en pièces.

Toutes les classes de la population semblent avoir agi de commun accord dans ces circonstances, mais le parti des tisserands, après avoir pris les armes, ne devait plus les déposer. Il saisit avidement l'occasion d'entamer la grande lutte qu'il attendait depuH si longtemps. La querelle entre Gand et Bruges lui servit de prétexte pour attaquer à la fois le prince et la haute bourgeoisie, pour réaliser son programme de réformes sociales et politiques. Il se mit en insurrection ouverte et s'empara du gouvernement de la ville au nom de ces mystérieuses franchises qui, toujours invoquées et jamais définies, représentaient pour lui cet idéal d'égalité et d'autonomie municipale pour lequel il était fermement décidé à vaincre ou à mourir. Dirigés par lui, les événements prirent aussitôt l'allure d'une révolution. Le bailli du comte fut massacré, et le château de Wondelghem, récemment bâti par Louis de Maie et qui eût pu servir de base d'opérations contre la ville, livré aux flammes.

Ce fut le point de départ d'un soulèvement général. Les ouvriers de la draperie imitèrent aussitôt à Bruges et à Ypres leurs compagnons gantois. En quelques jours, les trois villes passèrent aux mains des tisserands. Les baillis, les conseillers du comte s'enfuirent, abandonnant leurs biens au pillage et à l'incendie. On rappela les bannis, on ouvrit les prisons. Il suffit d'être riche pour être suspect, et les « seigneurs » qui n'eurent pas le temps d'émigrer se confinèrent chez eux et

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